Portes ouvertes
Depuis quelques années, des milliers de profs sans formation en pédagogie ont pu joindre les rangs – dégarnis – des écoles primaires et secondaires du Québec. L’industrie de l’assurance de dommages accueille elle aussi des non-diplômés.
Manque de main-d’œuvre oblige, les diplômés du DEC et de l’AEC ne sont pas assez nombreux pour combler les besoins des compagnies d’assurance de dommages du Québec. L’industrie s’est donc concertée, en novembre 2003, pour permettre aux diplômés du secondaire de court-circuiter les programmes du cégep, si l’assurance les intéresse.
Premier préalable : détenir un diplôme d’études secondaires, ou du moins avoir passé 11 années à l’école. L’Autorité des marchés financiers (AMF), qui émet les permis d’exercice, exige aussi que le candidat ait travaillé pendant au moins 3 ans, à raison de 30 heures par semaine, 10 mois par an. Ainsi, on s’assure tout simplement qu’il a une certaine expérience de travail. «Même chez McDonald’s, ça compte!» commente Frédéric Alberro, porte-parole de l’AMF.
Les candidats doivent ensuite se procurer les manuels de l’AMF, apprendre eux-mêmes la théorie de l’assurance de dommages, puis réussir aux examens de l’AMF. Il leur reste ensuite à se dénicher un stage chez un assureur.
Cette mesure transitoire, qui prendra fin en novembre 2007, élargit l’accès aux examens de l’AMF pour les professions de l’assurance de dommages. Au total, plus de 550 diplômés du secondaire se sont inscrits aux examens en 2004 et 2005. Mais impossible de savoir combien ont réussi, puisque l’AMF ne tient pas de statistiques à ce sujet.
Les employeurs ne s’en cachent pas : ils préfèrent la main-d’œuvre plus scolarisée. Pour pourvoir les quelque 25 postes offerts chaque année à La Capitale, Martin Delage, vice-président des ressources humaines et du développement organisationnel, puise d’abord dans son bassin de stagiaires. «Quand on a des postes vacants, on passe par les cégeps avant de mettre des annonces dans les journaux. On a une bonne collaboration avec les collèges : les élèves viennent visiter notre entreprise, et on organise diverses rencontres avec eux.» Robert LaGarde, président de la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages, ne jure lui aussi que par la formation collégiale. «Mais la mesure transitoire était indispensable, affirme-t-il, parce que le nouveau DEC n’existe que depuis 2002 et n’est pas encore offert aux quatre coins du Québec. Les diplômés du secondaire qui passent les examens de l’AMF n’ont aucune formation en assurance. Les entreprises sont obligées de pallier ce manque avec de la formation à l’interne. Ça permet de combler, jusqu’à un certain point, le manque de personnel.»
«J’ai l’impression que la pénurie s’aggrave d’année en année, s’inquiète pourtant François Leduc, professeur d’assurance et services financiers au Collège Montmorency. Le nombre d’élèves qui choisissent le DEC n’est pas suffisant pour répondre à la demande.» Le professeur doute toutefois de l’efficacité de la mesure transitoire. «Ce n’est pas tout de permettre au plus grand nombre possible d’accéder aux professions. Il faut plutôt favoriser les gens compétents qui ont envie de travailler dans le milieu de l’assurance, et qui ont les habiletés et les aptitudes nécessaires.»
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