Il y a 10 ans, on en parlait comme le défi du prochain siècle. Aujourd’hui, les changements climatiques ne sont plus une vague menace; ils sont concrets et font des dégâts. Parlez-en à un assureur.

«C’est clair, les changements climatiques ont un effet direct sur les compagnies d’assurance», affirme Denis Poirier, vice-président aux affaires corporatives à L’Union Canadienne. En assurance habitation, par exemple, les dégâts d’eau sont devenus les sinistres les plus fréquents, supplantant les incendies. Au cours des 5 dernières années, leur proportion dans l’ensemble des réclamations est passée de 20 % à 50 %, selon des chiffres alarmants du Bureau d’assurance du Canada (BAC).
Ces submersions sont-elles vraiment attribuables aux changements climatiques? Bien que le lien de cause à effet ne soit pas toujours net, des pluies diluviennes de courte durée durant lesquelles il tombe des cordes sont de plus en plus fréquentes, note Hugo Séguin, coordonnateur du dossier des changements climatiques à Équiterre. Ce phénomène dû à la forte humidité est directement lié aux changements climatiques, dit-il. Or, les systèmes de captation d’eau des municipalités québécoises ne suffisent pas à absorber ces déluges. Résultat : des sous-sols de résidences se retrouvent à la flotte.
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Du côté de l’assurance commerciale, ce sont les tempêtes de vent qui font le plus de dégâts, précise Bernard Tremblay, vice-président actuariat pour le Québec chez ING Assurance. Comme les bâtiments commerciaux ont plus rarement un sous-sol, ils risquent moins d’être inondés. Cependant, comme leur toit est fréquemment plat, les journées d’hiver pluvieuses sont un facteur de risque : l’eau peut s’y infiltrer.
«Le nombre d’événements propices à des sinistres et, par conséquent, à des réclamations d’indemnité a augmenté, et tout porte à croire que cette tendance se poursuivra, ajoute Hugo Séguin. On a commencé à voir des ouragans là où il n’y en avait pas. Nous avons aussi des canicules plus longues.»
Dans le monde de l’assurance, l’équation est simple : augmentation des risques égale possible augmentation des primes. Ainsi, depuis trois ans, les primes d’assurance habitation d’ING se sont accrues de 6 % à 8 %, une hausse explicable en partie par les changements climatiques, calcule Bernard Tremblay. Cette inflation est-elle souhaitable? «Je ne sais pas, mais elle peut avoir des vertus pédagogiques auprès des assurés!» ironise l’écologiste Hugo Séguin, qui travaille à la conscientisation de la population aux changements qui affectent la planète.
Les compagnies d’assurance sont en partie protégées par le concept des «cas de force majeure», aussi appelés actes de Dieu ou, en anglais, acts of God. Lorsque surviennent des sinistres extrêmes indépendants de la volonté et du contrôle humains, la couverture offerte est limitée et exclut certains dommages. Cependant, selon le BAC, ces cas sont rarissimes. En fait, la majorité des dommages causés par des tempêtes de neige ou de vent, des tornades, la foudre, la grêle, etc., sont couverts par les polices d’assurance habitation. «La crise du verglas de 1998, par exemple, a été le sinistre le plus coûteux de l’histoire canadienne pour les assureurs», rappelle Alexandre Royer, porte-parole du BAC.
Les inondations font toutefois bande à part, n’étant habituellement pas couvertes par une assurance habitation (sauf certains dommages liés, comme la perte du contenu d’un congélateur). En effet, les assureurs estiment qu’elles sont en quelque sorte prévisibles, car les zones inondables sont cartographiées. Par contre, elles sont généralement couvertes par une assurance automobile en ce qui concerne d’éventuels dommages au véhicule. Mais attention : pour une compagnie d’assurance, une inondation résulte de la crue d’un cours d’eau environnant, tandis qu’un dégât d’eau, qui est souvent couvert, est plutôt le fruit d’un débordement d’égouts pluviaux, par exemple.
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Pas de panique, donc. Comme la plupart des sinistres naturels sont couverts par une police d’assurance habitation, les citoyens sont entre bonnes mains. Mais les assureurs sont conscients que les temps changent. «Les compagnies d’assurance constituent le premier secteur économique qui ait sonné l’alarme à propos des changements climatiques. Elles ont été un domaine clé par le passé pour forcer les gouvernements à agir. Elles font partie de la solution aux problèmes des changements climatiques», insiste Hugo Séguin.
Ainsi, c’est au cœur de l’univers de l’assurance qu’a été créé en Ontario, en 1998, l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques, rattaché à l’Université Western Ontario. Ses objectifs consistent entre autres à réduire les dommages causés par le vent et les séismes et à améliorer les connaissances scientifiques des gouvernements sur les désastres naturels.
En 2007, le BAC a offert 500 000 $ au Laboratoire de recherche pour des maisons plus solides de l’Université Western Ontario dans le cadre du projet surnommé… les trois petits cochons. Ce don a servi à la construction d’une maison de deux étages dont l’unique but est d’être éventuellement détruite lors de tests de résistance divers. Au cours des prochaines années, le bâtiment sera soumis à des conditions climatiques extrêmes, y compris des vents simulés pouvant atteindre 325 km/h.