C'est probablement la seule situation au monde où la proie rêve de se retrouver dans la besace du prédateur. Les chasseurs de têtes, à l'affût des meilleurs talents pour des entreprises en manque de sang neuf, se font toutefois discrets. Modus operandi d'une industrie fort méconnue.

Il y aurait plus d’une cinquantaine de chasseurs de têtes à l’œuvre au Québec. Mais les trouver n’est pas évident. Rien dans les Pages Jaunes sous ce vocable. Pas grand-chose non plus dans Internet.
C’est que plusieurs chasseurs de têtes n’aiment pas être désignés ainsi, le terme «conseiller en recrutement» étant généralement préféré à celui de «chasseur de têtes». Certains ont refusé de collaborer à ce dossier. «Je ne tiens pas à avoir de la publicité», a expliqué une chasseuse de têtes bien connue dans le milieu. D’autres n’ont accepté de collaborer que sous le couvert de l’anonymat.
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Selon l’un d’entre eux, le milieu des chasseurs de têtes est fermé, secret et souffre même d’une connotation négative. «Les façons de faire tiennent souvent du maraudage, souligne-t-il. Si un chasseur de têtes est à la recherche d’un cadre, il va souvent le chercher dans l’entreprise où il travaille actuellement. Dans le cas d’entreprises concurrentes, ça peut poser des problèmes d’atteinte à la compétitivité.»
Toujours selon cet observateur, 90 % des firmes de recrutement disent ne pas faire de «chasse de têtes». «Mais, dans les faits, elles en font», affirme-t-il.
À son avis, des idées fausses entourent le métier de recruteur. «On croit souvent que le recruteur est en mesure de mettre la candidature d’un chercheur d’emploi sur le marché, dit-elle. En fait, c’est l’inverse. Il est mandaté par l’employeur afin de trouver un candidat répondant à un profil très précis.»
Les candidats fondent souvent trop d’espoir sur les chasseurs de têtes, précise Nathalie Lord. «Le chasseur aidera un candidat uniquement s’il correspond à l’un de ses mandats. Autrement, s’il le fait, c’est uniquement parce qu’il le veut bien.»
Agence de placement ou chasseur de têtes?
Deux types d’entreprises peuvent venir en aide aux chercheurs d’emploi : l’agence de placement et le chasseur de têtes (ou conseiller en recrutement). La différence? «Le chasseur de têtes se spécialise dans les cadres intermédiaires et supérieurs, alors que l’agence de placement vise des postes de catégorie inférieure», répond Jenny Ann Rydberg, chef d’équipe de recruteurs à la firme Ajilon Canada, spécialisée en placement de personnel.
Quelques conseillers en recrutement ont à leur service des recherchistes qui suivent les carrières de certains cadres occupant des postes clés dans de grandes organisations. Des années peuvent s’écouler avant qu’ils ne les sollicitent pour leur offrir un poste. Ils mettent alors tout en branle pour les intéresser.
L’agence de placement, elle, fonctionne plutôt à gros volume. «Comme elle est moins spécialisée que la firme de recrutement, elle doit viser la quantité», explique Suzanne Mallette, de Robert Half International. Alors que le chasseur traque les candidats où qu’ils se trouvent, l’agence de placement base ses recherches presque uniquement sur sa banque de CV.
Sa stratégie consiste donc à faire un maximum d’efforts pour inviter les chercheurs d’emploi à lui faire parvenir leur dossier. Elle fait de la publicité, utilise le bouche à oreille ou a recours à un site Internet.
En fait, selon Louise Côté, de la firme Louise Côté recherche de cadres, il y a une incompréhension de la part des chercheurs d’emploi quant au rôle du chasseur de têtes : «Son rôle n’est pas de les aider à trouver du travail, mais plutôt d’aider les entreprises à trouver la personne qui leur convient.»

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