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Grèves, lock-out, tentatives de syndicalisation avortées : travailler chez les grands du commerce de détail peut comporter des hauts et des bas. La vie est-elle plus rose à la petite quincaillerie du coin?

par Léa Roboam


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 3 mars 2006


Pour le consommateur, le dilemme est relativement soluble : Wal-Mart ou le dépanneur? Le dépanneur quand ça presse, Wal-Mart quand on cherche à faire certaines économies. Mais pour les personnes à la recherche d’un emploi dans le commerce de détail, le choix entre une chaîne ou le commerce indépendant demeure cornélien.

Véritable porte d’entrée du marché du travail, le commerce de détail emploie 2 024 000 personnes au Canada, dont 493 000 au Québec. Bien que les entreprises de plus de 10 employés ne représentent que 20 % du secteur, elles accaparent 60 % des travailleurs.

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Cependant, l’actualité récente laisse supposer que la vie au travail chez les grands du détail n’est pas toujours de tout repos. Mais si l’on voit surtout les employés des grandes entreprises manifester leur mécontentement, c’est peut-être que le rapport de force n’est pas le même et la nature de la négociation change selon que l’on est syndiqué ou non, qu’il y a 2 salariés ou 200, considère Patricia Lapierre, directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de détail (CSMOCD). «Quand un employeur discute avec un syndicat qui représente 200 personnes, il a un interlocuteur de poids. Il doit, par sa position, être formé à négocier une convention collective, alors que le dépanneur du coin n’a qu’à négocier au cas par cas, au risque de faire des mécontents.»

Plus que la taille de l’entreprise, c’est la qualité de gestion de la main-d’œuvre et les compétences de gestionnaire de l’employeur qui font toute la différence, considère Mme Lapierre. «Le rapport 2004-2007 du CSMOCD révèle que parmi les raisons qui poussent les gens à quitter une entreprise, la mauvaise gestion des ressources humaines arrive en deuxième position, tout de suite après les augmentations de salaire refusées, explique-t-elle. Pour diminuer le taux de roulement du personnel, il est impératif d’améliorer la gestion des ressources humaines. C’est important chez les deux types d’employeurs, mais plus particulièrement chez les petits.»

Les petits commerces sont une bonne école pour les futurs gérants et propriétaires de commerce.

Parlons salaire

Petite boutique ou mégamagasin, en ce qui a trait aux salaires, c’est du pareil au même, estime le CSMOCD Ses deux plus récentes enquêtes de rémunération, publiées en 2002 et 2005, montrent que les employés travaillant à temps plein gagnent en moyenne 10,70 $ l’heure contre 8,71 $ pour les employés à temps partiel, qui occupent le tiers des emplois du secteur. Tony Filato, secrétaire-trésorier du local 500 des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce, une branche de la Fédération des travailleurs du Québec, reconnaît que les salaires de base diffèrent peu chez les grands et les petits. «Mais, en ce qui concerne les avantages sociaux et la progression dans l’échelle salariale, il vaut mieux travailler pour un grand.» Il cite, par exemple, la convention collective appliquée dans un magasin Maxi & Cie de Montréal qui emploie 150 personnes. Au salaire de base de 7,71 $ l’heure s’ajoutent des augmentations de 25 à 50 cents (selon l’ancienneté) toutes les 500 heures travaillées. Sans oublier le régime de retraite, l’assurance collective financée à 50 % par l’employeur, les soins dentaires et la prime de Noël, énumère M. Filato.

Si les petits commerces n’ont pas les moyens financiers d’offrir de telles conditions à leurs salariés, Wal-Mart pourrait très bien appliquer ce modèle de convention qui est assez répandu dans les grands commerces d’alimentation, soutient le syndicaliste. «Par leur taille et leur nombre d’employés, les Maxi & Cie sont tout à fait comparables à des Wal-Mart. Pourquoi les employés de Wal-Mart n’obtiendraient-ils pas d’aussi bonnes conditions de travail?»


On offre et on demande
La consommation, moteur économique important, se porte bien au Québec. «À l’été 2004, un tiers de nos membres prévoyaient ouvrir un nouvel établissement ou agrandir le leur», note Patricia Lapierre, directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de détail. «Les plus grandes surfaces pensaient ouvrir de nouvelles unités au cours des deux prochaines années, tandis que 60 % des indépendants voulaient agrandir leurs magasins.»

Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) prévoit pour sa part qu’au Québec, le nombre d’emplois dans le secteur du commerce de détail devrait augmenter de 1,9 % par an d’ici à 2009. Les commerçants de la Belle Province ont d’ailleurs rapporté que leurs ventes avaient progressé de 6,2 % en 2005, pour atteindre 83,1 milliards de dollars. Et le CQCD prévoit une nouvelle hausse des ventes de 4,5 % en 2006.

Secteur dynamique, le commerce de détail reste néanmoins soumis aux soubresauts de la conjoncture économique. Les taux d’intérêt, le moral financier des ménages et l’adéquation de l’offre et de la demande sont autant de critères qui influent sur la bonne marche des affaires.
(L. R.)


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