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La popularité des comptables

Stars du système

Propulsés à l’avant-scène par les récents scandales financiers, les jeunes comptables ont la cote. Respectés et bien payés, ils sont aussi des plus convoités par les entreprises. Quel est le secret de leur succès?

par Jean-François Perreault


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006


Peu importe leur spécialisation, les comptables connaissent pratiquement le plein emploi et leurs salaires sont plus élevés que jamais. Un exemple? L’ensemble des comptables agréés (CA) gagne en moyenne 105 000 $ annuellement. Dès leur première année de stage, les CA empochent autour de 45 000 $. Quant aux comptables généraux licenciés (CGA) et aux comptables en management accrédités (CMA), ils touchent en moyenne 38 500 $ comme salaire annuel de départ dans une grande entreprise, d’après le Guide des salaires 2005 de la firme Robert Half Finance et Comptabilité, spécialisée dans le recrutement de cadres en finance et comptabilité. Pas mal, pour de jeunes diplômés!

Cette flambée des salaires est perceptible depuis environ deux ans. Une enquête salariale triennale de la maison CROP menée pour l’Ordre des comptables en management accrédités du Québec, par exemple, a révélé une hausse de 12 % du salaire moyen de base de ses membres en 2003 par rapport à 2000. Et la situation ne touche pas que les grands centres. En région, au Saguenay–Lac-Saint-Jean par exemple, on note une augmentation de la rémunération des CMA. «Les entreprises et les cabinets locaux n’ont pas le choix d’offrir des salaires élevés aux diplômés, car les grandes firmes de Montréal et de Québec viennent aussi recruter chez nous», souligne Isabelle Lemay, directrice du module des sciences comptables de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

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Vent de scandales

C’est tout un revirement de situation pour cette profession qui a traversé des moments difficiles au cours des années 1990. «À cette époque, on se préoccupait moins de la vérification et on préférait accorder plus de place aux économistes et aux financiers», explique Jacques Fortin, responsable pédagogique du diplôme d’études supérieures spécialisées en comptabilité publique à HEC Montréal. Il aura fallu des scandales financiers comme ceux de WorldCom (2002) et d’Enron (2001) pour donner raison aux comptables. Ces scandales ont mené à l’adoption de la loi Sarbanes-Oxley aux États-Unis et à une série de règlements au Canada, comme la Loi sur les valeurs mobilières, qui permettent de contrôler davantage l’information financière fournie par les entreprises. Les processus et les mécanismes de vérification interne sont depuis beaucoup plus exigeants et nécessitent des renforts pour répondre adéquatement aux nouvelles normes comptables.

«C’était déjà difficile de décoder la substance des opérations financières d’une entreprise, ses transactions et ses modes de financement. Les nouvelles lois exigent dorénavant des éclaircissements sur plusieurs opérations, tel le paiement d’un dirigeant au moyen d’actions», indique Ginette Fortin, présidente de l’Ordre des comptables généraux licenciés du Québec. Conséquemment, on a maintenant besoin de plus de comptables pour effectuer le même travail dans une entreprise.

L’ennui, c’est que les diplômés ne sont pas assez nombreux. «Malgré la croissance du nombre de nos membres, on n’arrive pas à répondre aux besoins des employeurs, déplore François Renaud, président-directeur général de l’Ordre des comptables en management accrédités du Québec. Selon notre service de placement, les offres d’emploi ont augmenté de 31 % en 2005.» De son côté, Michel Théroux, président du conseil d’administration de l’Ordre des comptables agréés du Québec, précise qu’on forme près de 400 nouveaux CA par année, mais qu’il en faudrait 200 de plus pour pourvoir aux emplois disponibles.

D’ailleurs, le taux de placement des diplômés en comptabilité est excellent dans la plupart des universités québécoises. Il frôle 100 %. «Quand il me reste cinq sortants à placer avant la fin de leurs études, je considère qu’il s’agit d’une mauvaise année», mentionne Jacques Fortin. Les diplômés de l’UQAC n’ont pas plus de mal à trouver du travail. Isabelle Lemay admet que la baisse de la population étudiante en sciences comptables enregistrée au cours des dernières années n’arrange pas les choses. «D’une centaine d’inscriptions en 2000, le nombre a chuté à 65 en 2001. Mais on s’en remet doucement, avec près de 80 inscriptions en 2005.» Et justement, elle se sert des malversations révélées par les grands scandales financiers pour sensibiliser les jeunes à l’importance du rôle des comptables dans la société. «Ces scandales nous aident à valoriser la profession et à démontrer que les comptables ne sont pas de simples pousseux de crayons.»


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