Au cours des dernières années, une série de scandales financiers ont éclaté aux États-Unis et au Canada, éclaboussant au passage les comptables. Depuis, la profession redore son blason par l’ajout de nouvelles normes. Le travail des comptables, du coup, s’est transformé.

Juin 2002 a mis fin à un des chapitres les plus noirs de l’histoire de la comptabilité : la firme comptable Arthur Andersen (l’entreprise américaine, pas la filiale canadienne) a été reconnue coupable d’obstruction à la justice. Des dirigeants du cabinet avaient détruit des documents incriminant le courtier en énergie Enron, un de leurs clients, alors au cœur d’un scandale financier.
«Depuis les scandales, on fait moins bas bruns, moins drabe, s’amuse à dire Jacques Fortin, professeur au Service de l’enseignement des sciences comptables à HEC Montréal. Le public s’est rendu compte que la comptabilité, c’est autre chose que des gens assis à leur bureau en train d’additionner des chiffres. Il y a du grand art là-dedans…»
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En effet, avec les scandales, une nouvelle image du comptable est apparue : celle du petit génie de la magouille en complet Gucci. Deux avenues ont alors été envisagées pour refaire la réputation des comptables : changer les normes et les lois, ou changer les individus. On a «tranché» pour les deux…
Afin que la population retrouve sa confiance envers les comptables, les États-Unis ont adopté une nouvelle législation sur les valeurs mobilières visant directement les comptables, la loi Sarbanes-Oxley (SOX). Toutes les firmes d’experts-comptables chargées de vérifier l’information financière d’une société cotée en Bourse à New York doivent s’y conformer. Elle détermine quels services une firme d’experts-comptables ne peut offrir lorsqu’elle donne des services de vérification. Par exemple, un cabinet de vérification comptable ne peut plus développer un système de traitement de l’information financière.
Même s’il s’agit d’une législation américaine, la loi SOX a eu tout un impact dans la pratique quotidienne des comptables canadiens. «Les compagnies canadiennes cotées en Bourse aux États-Unis doivent suivre à la lettre la loi SOX», explique André Dugal, un comptable agréé associé à la firme KPMG.
Une portion de cette loi exige que les sociétés encadrent mieux leurs contrôles internes, des opérations qui incluent la vérification de l’information financière et la prévention des fraudes. Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), qui régissent les activités boursières au pays, ont repris cette section de la loi SOX dans leur règlement. Les sociétés canadiennes inscrites en Bourse — sociétés ouvertes — doivent s’y soumettre. Et par conséquent, leurs comptables.
Avec l’arrivée de ces nouvelles règles, les comptables vérificateurs doivent répondre à des exigences beaucoup plus élevées que par le passé. «Les nouvelles réglementations mettent l’accent sur les contrôles internes, explique André Dugal. Au Canada et aux États-Unis, les vérificateurs externes doivent maintenant émettre une opinion sur les contrôles internes des sociétés ouvertes. Ça augmente la quantité de travail à effectuer. On commence d’ailleurs à manquer de ressources en comptabilité.»
Un autre apport important de la loi SOX a été l’établissement, aux États-Unis, d’un organisme de surveillance des comptables vérificateurs, le Public Companies Accounting Oversight Board.
L’équivalent canadien de cet organisme, le Conseil canadien sur la reddition de comptes (CCRC), a été fondé en 2002 par les ACVM, le Bureau du surintendant des institutions financières et l’Ordre des comptables agréés du Canada. Tous les cabinets d’experts-comptables effectuant du travail de vérification pour des sociétés cotées à la Bourse de Toronto doivent s’inscrire au CCRC et se soumettre à des inspections périodiques.