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Maîtres du monde (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 5 mai 2006

«On compte 450 organismes gouvernementaux sur le plan international qui emploient des avocats à travers le monde, souligne Louis Sabourin, professeur à l’École nationale d’administration publique. Le système de l’ONU compte à lui seul environ 60 000 fonctionnaires, dont plusieurs juristes.» La majorité des organismes de l’ONU emploient des avocats, que ce soit à titre de rédacteurs juridiques, de recherchistes ou de négociateurs, voire d’arbitres internationaux. De plus, 40 000 organismes non gouvernementaux interviennent sur la scène internationale, dont l’Association internationale des avocats de la défense, établie à Montréal, et la section québécoise d’Avocats sans frontières (ASF), mentionne le professeur.

L’intervention d’avocats québécois sur la scène internationale publique se fait remarquer depuis quelques années. À titre d’exemple, depuis la création d’ASF Québec, à l’automne 2002, 15 avocats ont participé à 19 missions dans 7 pays dont l’Afghanistan, la Colombie et le Nigeria. De plus, des 120 procureurs de la défense intervenant devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, une vingtaine proviennent du Québec.

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Faire sa place dans les organismes internationaux représente toutefois un défi. Les avocats doivent d’abord penser à réaliser des mandats ponctuels avant d’y dédier leur carrière. Pour certains, la réalisation de missions à l’étranger mène à une carrière en droit international, mais il est difficile de préciser le nombre exact d’avocats qui s’y consacrent exclusivement. Me Élise Groulx soutient que l’intervention québécoise pourrait être plus importante encore avec un meilleur soutien financier des pouvoirs publics.

Une grande conscience sociale constitue une qualité essentielle pour ceux qui s’orientent vers le droit humanitaire. Dans les ONG, «les salaires sont microscopiques, rappelle Me Groulx. Et le bénévolat est fréquent. On ne fait pas de droit humanitaire pour devenir riche. Parfois, on paie pour en faire!» Toutefois, malgré les défis et les enjeux, rien n’arrête certaines personnes passionnées de leur engagement social.

Nos atouts
Selon Louis Sabourin, les juristes québécois disposent néanmoins d’atouts pour travailler à l’échelle internationale : le bilinguisme, une connaissance des deux principaux régimes juridiques du monde, à savoir la common law et le droit civil, une histoire non colonisatrice et l’ouverture aux autres cultures. «Généralement, notre approche n’est ni arrogante ni condescendante», constate-t-il.

Une opinion partagée par Me Pascal Paradis, ancien associé au cabinet McCarthy Tétrault. Il a abandonné sa pratique lucrative en 2004 pour se consacrer à temps plein à l’organisme qu’il a fondé : la section québécoise d’Avocats sans frontières. «Les Québécois savent généralement faire preuve de simplicité dans leurs rapports aux autres», affirme-t-il. Les avocats d’ici qui réussissent sur le plan international se démarquent par une forte capacité d’adaptation, une créativité dans la résolution de problèmes et une grande détermination.

Dans les établissements d’enseignement, on observe d’ailleurs un intérêt croissant des étudiants pour le droit international, notamment le droit public et humanitaire. Les universités développent des programmes d’études de droit international. Par exemple, l’Université d’Ottawa offrira à l’automne 2006 une maîtrise en droit international de la sécurité humaine. L’Université de Montréal a récemment mis sur pied un diplôme d’études supérieures spécialisées et une maîtrise en droit international. Et l’Université du Québec à Montréal offre depuis 1997 une concentration en droit international à l’intérieur de sa formation de maîtrise.

Les étudiants peuvent aussi faire une session d’études dans une université étrangère ou réaliser des stages à l’étranger. Ils constituent une bonne façon de vérifier leur intérêt pour le droit international. Par exemple, l’Université McGill propose une douzaine de stages en droit international public chaque année. Il y a, en moyenne, cinq candidatures par poste.


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