Le prix du baril de pétrole s’envole, les entreprises s’effondrent. L’économie d’énergie peut sauver des emplois.

Le litre d’essence ordinaire à 80 cents? C’était le bon vieux temps… C’est-à-dire en 2005!
Trois ans plus tard, les automobilistes payent autour de 1,40 $ l’essence à la pompe et les pétrolières s’enrichissent avec des prix records dépassant les 130 $ – voire 140 $ – le baril.
Il n’y a pas que les conducteurs automobiles qui trouvent la pilule difficile à avaler : une bonne partie de l’économie québécoise la trouve amère aussi. «Chaque hausse d’un dollar du prix du baril de pétrole accroît notre déficit commercial avec l’extérieur du Québec de 160 millions de dollars par an», note Patrick Déry, physicien et spécialiste en énergétique, agriculture et environnement au Groupe de recherches écologiques de La Baie au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Le pétrole est le premier produit importé par le Québec en valeur et cela ne cesse de prendre de l’ampleur. De l’ordre de 2,5 milliards de dollars en 1998, les importations de pétrole sont passées à près de 14 milliards en 2007!
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«Quarante pour cent de l’énergie que nous consommons dans la province provient du pétrole. C’est moins qu’il y a 30 ans où elle représentait 60 %, mais nous en sommes encore très dépendants», explique Normand Mousseau, professeur au Département de physique de l’Université de Montréal et auteur du livre Au bout du pétrole (Éditions MultiMondes, mai 2008).
Il estime qu’à la longue, cela peut constituer un obstacle aux échanges commerciaux internationaux, et éventuellement forcer les entreprises québécoises à déménager leurs pénates — aux États-Unis par exemple — pour se rapprocher de leur marché.
Mais le carburant coûte plus cher pour tout le monde, même pour les pays émergents! Leur avantage concurrentiel lié au bas coût de la main-d’œuvre s’atténue sérieusement. «Le prix d’un conteneur de marchandises en provenance de Chine a triplé en 2008, souligne Normand Mousseau. C’est moins avantageux pour une entreprise d’y délocaliser ses activités.»
À cet égard, les économistes de la Banque CIBC croient que la mondialisation pourrait être mise à mal par le prix du pétrole. Selon le rapport Marchés mondiaux CIBC, chaque augmentation de 1 $ des cours du pétrole s’est traduite par une hausse de 1 % des coûts de transport. «Dans un monde où le baril de pétrole coûte plus de 100 $, la distance est coûteuse. Bien que la libéralisation du commerce et la technologie aient aplani le monde, l’augmentation des coûts de transport le rendra encore une fois plus rond», pouvait-on lire dans ce document publié en mai 2008.
Les grandes compagnies de transport par camion refilent généralement une partie de la facture à leurs clients grâce à une clause de surcharge carburant incluse dans le contrat. Mais ce n’est pas le cas pour les camionneurs artisans qui ne bénéficient pas de cette clause. Il pourrait donc y avoir des fermetures liées à l’augmentation du prix du carburant.