L’équation semble aller de soi : dans un Québec qui compte de moins en moins d’enfants, la demande d’enseignants devrait diminuer au fil des ans. La réalité est toutefois plus nuancée.

La nouvelle a fait la une des médias de toute la province : en 2006, les Québécois ont fait 8 % plus de bébés qu’en 2005. Pourtant, même si le Québec a gagné 82 000 poupons, sa population continue de vieillir. L’Institut de la statistique du Québec prévoit que le nombre de jeunes de 19 ans et moins diminuera de 2 % d’ici à 2010 et de 8 % d’ici à 2020.
À première vue, ceux qui rêvent d’une carrière en enseignement n’ont pas de quoi se réjouir. Mais malgré la baisse de la population scolaire, les établissements recherchent les diplômés en enseignement. «La demande de professeurs est en hausse en raison notamment des départs à la retraite et de l’ajout, en septembre 2006, de 90 minutes d’enseignement par semaine au primaire», estime Michel Laurier, doyen de la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal.
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Il précise par ailleurs que, dans les facultés d’éducation, les candidats ne se bousculent pas au portillon. «Les programmes en enseignement sont contingentés mais, dans certains d’entre eux, bon an mal an, il y a plus de places disponibles que d’étudiants inscrits.» À l’automne 2006, par exemple, les universités de Montréal et McGill offraient un total de 70 places en enseignement du français langue seconde au primaire et au secondaire. Seulement 38 étudiants s’y sont inscrits.
Pourtant, de nombreux postes sont à pourvoir. «En 2007-2008, 600 nouveaux enseignants seront embauchés au préscolaire et au primaire au Québec et on en aura besoin de 1 200 autres en 2010-2011», rapporte Sylvie Turcotte, directrice de la formation et de la titularisation du personnel scolaire au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS).
Dans les établissements d’enseignement secondaire, le nombre de professeurs va cependant diminuer. «En français, par exemple, nous comptons engager 386 nouveaux professeurs en 2007-2008, contre seulement 60 en 2009-2010.»
À son avis, les nouveaux diplômés pourront quand même trouver du travail dans une polyvalente puisque les étudiants manifestent généralement moins d’intérêt pour les programmes d’enseignement du secondaire que pour ceux du préscolaire et du primaire.
Dans les cégeps, «le nombre de professeurs augmentera jusqu’en 2010. Puis il commencera à diminuer», indique Laval Dubé, directeur des ressources humaines et des relations de travail à la Fédération des cégeps. Les embauches suivront les inscriptions des élèves, qui passeront de 145 000 en 2008 à 162 000 en 2010 avant de chuter à 138 000 en 2015, selon les prévisions du MELS.
Du côté des commissions scolaires, «on cherchera au cours des prochaines années moins de titulaires de classe et plus de spécialistes, c’est-à-dire des personnes qui n’enseignent qu’une seule matière, comme l’anglais, l’espagnol ou la danse», dit Marie-France Boulay, responsable des relations avec les médias au MELS.
La demande d’enseignants de l’anglais langue seconde est aussi particulièrement importante. «La pénurie de professeurs dans ce programme, amorcée au secondaire autour de l’an 2000, s’est aggravée en 2006 avec l’introduction de cette matière dès la première année du primaire», précise Sylvie Turcotte.
Depuis une dizaine d’années, on observe aussi un manque important d’enseignants de mathématiques et de sciences au secondaire. En 2007-2008, le MELS aimerait en embaucher près de 700! «C’est très difficile de faire des prévisions pour 2010, mais c’est sûr qu’on n’est pas près de manquer d‘emplois dans ces domaines», poursuit Sylvie Turcotte.