Il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis la crise de l’eau potable de Walkerton, en 2000. Jadis reléguée au troisième sous-sol des priorités gouvernementales, l’industrie québécoise de l’environnement a récemment renoué avec la faveur populaire… et avec la croissance. Les entreprises fleurissent, les innovations aussi, et les défis à relever sont nombreux.

Si vous habitez près d’un site d’enfouissement ou d’une usine d’engrais, vous pouvez désormais compter sur des nez électroniques pour en finir avec les effluves nauséabonds. Conçue par l’entreprise montréalaise Odotech, cette trouvaille technologique permet de détecter les odeurs désagréables afin que les émetteurs puissent en contrôler la source. Une innovation fort remarquée en matière de gestion des odeurs, au Québec comme ailleurs dans le monde.
Odotech est loin d’être la seule entreprise environnementale québécoise à briller ici et à l’étranger. Cette industrie est à l’origine d’une multitude d’innovations, dont les systèmes de biofiltration des eaux pour les résidences isolées (les entreprises Premier Tech et Berger Environnement, du Bas-Saint-Laurent) ou un procédé de transformation des gaz carboniques en bicarbonate, une substance inoffensive (CO2 Solutions, de Québec).
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Au Québec, l’industrie de l’environnement compte un peu plus de 750 entreprises et organismes, où travaillent environ 20 000 personnes. On y produit des biens ou des services environnementaux destinés à mesurer, prévenir, limiter, réduire ou corriger les atteintes à l’environnement. À ce contingent de main-d’œuvre s’ajoutent les 5 000 à 10 000 employés qui accomplissent des tâches liées à l’environnement dans des secteurs extérieurs à l’industrie, comme les trois niveaux de gouvernement et les industries régies par des réglementations environnementales telles que les pâtes et papiers, les mines et la pétrochimie.
Les gouvernements constituent les plus importants employeurs. Par contre, les petites et moyennes entreprises représentent 80 % des acteurs de cette industrie. Bureaux d’experts-conseils, entreprises de recyclage industriel et de décontamination, laboratoires spécialisés, fabricants d’équipements : l’activité de l’industrie se traduit par des retombées globales de près de trois milliards de dollars par année au Québec. Selon le ministère du Développement économique et régional, leurs principaux clients sont les industries et les municipalités.
Si les entreprises environnementales sont aujourd’hui reconnues pour leur savoir-faire, elles ont traversé le désert au cours de la dernière décennie. Entre 1995 et 2000, les gouvernements provincial et fédéral ont procédé à d’importantes mises à pied. Les deux ministères de l’Environnement, par exemple, ont réduit leurs budgets de 40 % en 1996, rappelle Robert Ouellet, directeur général du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’environnement (CSMOE). «Mais depuis 2001, les gouvernements ont adopté différents règlements, entre autres sur le plan des matières résiduelles, de l’eau et de la décontamination des sols, ce qui a eu un effet positif sur la croissance des entreprises.»
Aujourd’hui, l’industrie de l’environnement bénéficie de perspectives favorables. À l’échelle mondiale, elle croît de 12 % dans les pays en émergence (comme la Chine ou le Mexique) et de 15 % dans les pays en développement (comme la plupart des pays d’Afrique ou d’Amérique latine), indique le rapport La filière industrielle de l’environnement au Québec, publié par le ministère du Développement économique et régional, en 2003. Au Québec, les domaines qui devraient connaître la plus forte croissance au cours des prochaines années sont ceux de la gestion de l’eau et des matières résiduelles. La gestion des sols contaminés et de la qualité de l’air, de même que les énergies vertes (comme l’éolien et le solaire), devraient aussi se développer avec force, selon les prévisions gouvernementales.