L’argent ne pousse pas dans les arbres? Faux! Avec toute l’excitation qui entoure le concept de développement durable, des entreprises transforment des contraintes environnementales en occasions d’affaires. Véritable éveil ou vague d’opportunisme de la part des entreprises?

Développement durable. Voilà bien 20 ans que les gagas de l’environnement se gargarisent de ces mots. Avec le réchauffement de la planète qui entraîne de plus en plus de cataclysmes, des gens d’affaires admettent qu’ils ne peuvent plus garder la tête dans le sable. D’autant plus que les consommateurs scrutent leurs actions à la loupe.
La première série d’entreprises vertes a ouvert la marche, en concordance avec les peace and love et les granolas. Des visionnaires – certains, scientifiques, et d’autres, utopistes – ont créé des compagnies qui privilégiaient la protection des écosystèmes et la réutilisation des ressources, plutôt que les profits faramineux. Certaines d’entre elles font maintenant des affaires d’or.
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Et il y a cette nouvelle génération d’administrateurs qui, dans les années 1980, a reçu une éducation environnementale dès l’école primaire. Ils ont ainsi lu Hubert Reeves, puis douté des discours officiels des gouvernements et des compagnies forestières en voyant le documentaire L’erreur boréale, qui traitait de la déforestation au Québec.
«Plusieurs dirigeants reconnaissent désormais les dangers d’un développement économique laissé à lui-même, en raison des conséquences sur l’environnement.» C’est ce qu’a constaté, à la suite d’une série d’entretiens avec des gens d’affaires, Corinne Gendron, professeure au Département d’organisation et ressources humaines et titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable à l’Université du Québec à Montréal. «Les concepts de responsabilité sociale, de commerce équitable, d’investissement responsable sont plus que des effets de mode. Les entreprises avant-gardistes choisissent des gestionnaires qui sont capables de résoudre des problèmes environnementaux et d’intégrer le concept de développement durable», souligne-t-elle dans son ouvrage Le développement durable comme compromis (Presses de l’Université du Québec, 2006).
De récents sondages montrent que les consommateurs ont intégré les principes du développement durable. Selon Ipsos Reid/CBSR, 7 Canadiens sur 10 portent attention aux questions touchant la responsabilité d’entreprise. «La firme de recherche GlobeScan rapporte que la majorité des consommateurs ont tendance à sanctionner une entreprise qu’ils perçoivent comme irresponsable en s’abstenant d’acheter ses produits, en tenant des propos négatifs à son sujet et en évitant d’y travailler ou d’y investir», affirme Marc Duchesne, chef divisionnaire, responsabilité d’entreprise et environnement chez Bell Canada Entreprises (BCE). «Nous sommes convaincus que la valeur ajoutée de la compagnie, grâce aux divers programmes sociaux et environnementaux, attire les travailleurs et garde les clients.»
Sur le plan de la qualité environnementale, la réputation de la succursale GSI Environnement, à Varennes, ne cesse de grandir. Établie depuis 1988, cette firme se spécialise dans les technologies de compostage et de fertilisation de boues d’épuration. «C’est très important pour nous d’être méticuleux; ça nous permet de dormir tranquilles. Avec les volumes de matières organiques que nous gérons, il n’est pas question de tourner les coins ronds dans le processus de production du compost. On ne fait aucun compromis au nom du profit. C’est ce sens de l’éthique hyper développé qui fait en sorte que l’on vit bien, que l’entreprise s’autofinance et qu’elle procure du travail à 220 personnes», explique Cynthia Biasolo, coordonnatrice des communications.