Les cyanobactéries qui contaminent nos lacs ont soulevé de vives inquiétudes chez les riverains et les élus au cours de l’été. Ce qu’on ignore, c’est qu’une armée de professionnels qui n’a pas peur de se mouiller combat l’ennemi.

«J’ai pour toi un lac, un beau lac tout bleu», chante Gilles Vigneault. Mais le Québec peut-il encore compter sur ses lacs comme un attrait touristique incomparable? Entre mai et novembre, 174 lacs sont tombés sous le couperet du ministère de la Santé et des Services sociaux, entraînant, selon le degré de prolifération des algues, 15 interdictions soit de s’y abreuver (8), de s’y baigner (4) ou d’y naviguer (3). C’est 100 lacs de plus qu’en 2006. Les cyanobactéries, des algues bleu-vert en forme de têtes de brocoli, se répandent comme une traînée de poudre.
Le prix à payer? Cher. À l’Auberge du lac Taureau de Saint-Michel-des-Saints, par exemple, des dizaines de vacanciers ont annulé leur réservation en juillet dernier après avoir appris qu’une petite partie du lac était contaminée et qu’il était frappé d’une mise en garde aux riverains. «L’industrie touristique a été très affectée. On n’a qu’à penser aux fermetures de plages et aux restrictions de navigation imposées aux amateurs de kayak, de canotage, de planche à voile et de pêche», dit Christian Simard, directeur général de Nature Québec, un organisme qui œuvre pour la sauvegarde de l’environnement depuis 1981.
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Le coupable de la prolifération de ces algues est maintenant connu et condamné : le phosphore. Celui-ci provient des eaux résiduelles qui contiennent des détergents, des fosses septiques qui débordent, des engrais chimiques appliqués sur les pelouses qui bordent les berges, et par le lisier que produisent annuellement 7 000 000 de cochons, 500 000 vaches et 600 000 veaux de boucherie et dont les surplus saturent les sols et s’écoulent dans les cours d’eau. «Il faut prendre les mesures pour que cessent les fuites de phosphore», réclame Christian Simard. Mais enrayer ses multiples sources n’est pas simple.
Et il y a plus. Avec un mois d’avril chaud et ensoleillé, le printemps 2007 a ajouté son grain de sel. «Ce temps doux, inhabituel pour la saison, a favorisé la prolifération des algues bleues. C’est un avant-goût des changements climatiques», croit Louise Millette, professeure au Département des génies civil, géologique et des mines de l’École Polytechnique de Montréal.
Au début de l’été, l’affolement des riverains a été chaudement applaudi par des scientifiques qui, auparavant, criaient au loup dans l’indifférence générale. «Maintenant que les gens craignent pour leur santé, on va faire des grands pas», espère Hélène Godmaire, biologiste et directrice de l’Union Saint-Laurent Grands Lacs, un organisme qui étudie la qualité des écosystèmes et de l’eau du fleuve Saint-Laurent. «Il y a eu beaucoup d’exagération de la part des médias. Mais ce n’est pas mauvais que la population comprenne que le développement résidentiel et agricole dans tous les sens, c’est fini. Il faudra des changements de comportement de la part des propriétaires riverains et des investissements», avance Monique Henry, chimiste en charge du Département de l’Assainissement de l’eau et de l’environnement au Cégep de Saint-Laurent. Toutefois, certains experts montrent du doigt d’autres responsables.
«Les citoyens critiquent le ministère de l’Environnement, mais c’est le ministère des Affaires municipales et des Régions qui n’oblige pas les municipalités à respecter les règlements de protection des berges. Il laisse les riverains aménager leur terrain comme s’ils étaient en banlieue!» renchérit Roger La Roche, professeur en gestion de l’environnement au Collège de Rosemont.