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À écouter les gens qui œuvrent dans l’industrie minière, on pourrait croire que tout ce qui brille est de l’or, les prix des métaux atteignant des plafonds inégalés. C’est le résultat de la loi du marché alors que les économies émergentes, particulièrement la Chine et l’Inde, ont un appétit insatiable pour les matières premières. Et les ingénieurs miniers ont aussi leur part du gâteau!

photo : Association minière du Québec
«Le prix du cuivre a atteint un sommet de tous les temps, et pour le zinc, on n’avait pas vu des cours pareils depuis au moins une dizaine d’années. En ce qui concerne l’or, cela fait plus de 20 ans qu’il n’avait pas atteint un tel niveau, avec 550 $ l’once!» lance avec enthousiasme André Lavoie, directeur des communications à l’Association minière du Québec (AMQ).
Selon Jean-Pierre Thomassin, directeur général de l’Association de l’exploration minière du Québec, cela signale l’arrivée d’un cycle prospère pour l’industrie minière. «Il y a effectivement un boum minier, particulièrement du côté de l’exploration, parce que les prix des métaux sont en forte hausse. Au Québec, 2005 est la meilleure année que l’on ait connue en matière d’exploration depuis 10 ou 11 ans et on s’attend à ce que 2006 soit encore mieux.»
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Les chiffres donnent raison à M. Thomassin. Les dépenses d’exploration minière au Québec ont doublé entre 2002 et 2005, passant de 114 millions de dollars à 227 millions de dollars durant cette période1. En fait, depuis 2002, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) du secteur minier est près de deux fois supérieur à celui de l’économie canadienne et les prévisions économiques pour les pays grands consommateurs de ces matières premières indiquent que cela devrait durer pendant plusieurs années encore2.
André Lavoie et Jean-Pierre Thomassin dressent une longue liste de travaux d’exploration déjà très avancés en Abitibi, au Nunavut et à la Baie-James, pour l’exploitation de gisements d’or, d’argent, de diamants, de cuivre, de zinc et de nickel, notamment. La liste est tout aussi impressionnante en ce qui concerne les exploitations en démarrage. L’une d’elles, la mine Goldex à Val-d’Or, est un exemple frappant de l’effet de la surchauffe des prix, note M. Thomassin : «Depuis 30 ans on a exploré et foré ce site, mais les prix des métaux n’étaient jamais suffisamment élevés. Avec la technologie et les taux d’aujourd’hui, c’est devenu rentable de mettre la mine en production et de commencer à extraire l’or.»
La hausse des prix se fait également sentir dans les exploitations qui existent déjà. Par exemple, les grandes mines de minerai de fer de la Côte-Nord produisent à plein régime pour répondre à la demande chinoise, ce qui entraîne aussi une effervescence du côté de l’exploration.
Toute cette activité a des retombées jusqu’en milieu urbain, signale André Lavoie : «Ça bouge beaucoup du côté des aciéries et de la métallurgie parce que ce sont des secteurs connexes. Par exemple, la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda a annoncé des investissements, ainsi que CCR à Montréal-Est. QIT Fer et Titane à Sorel est pour sa part sur le point d’investir plus de 450 millions de dollars.»
Le Québec a toutefois du rattrapage à faire après des années d’exploration restreinte, surtout dans les métaux de base (cuivre, zinc, nickel) dont les prix très bas à l’époque ne justifiaient pas l’exploitation. Comme l’explique Martin Dallaire, propriétaire de la société d’exploration minière Fieldex Exploration, «dans les périodes difficiles, les investisseurs se tournaient davantage vers des valeurs sûres comme l’or. Et si l’on voulait faire de l’exploration préliminaire pour des métaux de base sur des territoires relativement inexplorés, on essuyait souvent un refus. C’est l’investisseur qui décide parce que c’est lui qui prend le risque : en effet, les compagnies d’exploration minière ne génèrent aucun revenu, seulement des dépenses.»
«À l’heure actuelle, on demande énormément d’ingénieurs miniers, précise Jean-Pierre Thomassin. Très peu sortent des universités [voir encadré] parce que l’industrie a un problème d’image. Les gens imaginent encore un mineur sale et dont le métier est dangereux, alors que cela a beaucoup changé.»
Les besoins précis sont difficiles à chiffrer, prévient Pierre Thibault, ingénieur minier à l’AMQ. «Cela dépendra de la taille des mines qui ouvriront, mais pour chaque exploitation, il faudra tout de même un minimum d’ingénieurs sur les lieux pour effectuer les différentes tâches comme l’examen des sols, l’élaboration des structures de soutien de galeries, etc.» Or, l’offre n’est pas au rendez-vous, poursuit-il : «En génie minier, il sort environ de 20 à 25 diplômés par année des universités québécoises. Les demandes d’admission commencent à augmenter, mais on est très loin de pouvoir satisfaire aux besoins.»
Peu de diplômés
Selon un rapport du Conseil canadien des ingénieurs, il y a eu une augmentation de 19 % du total des inscriptions en génie dans les universités canadiennes de 1998 à 2002. Cependant, depuis 1998, 40 % moins d’étudiants se sont inscrits en génie minier. Le rapport indique que les baisses ont aussi touché les programmes de génie géologique, génie des matériaux et génie métallurgique. Dans l’ensemble, les baccalauréats en génie géologique, métallurgique, des matériaux et minier représentaient les quatre programmes ayant les taux d’inscription les plus faibles de tous les domaines du génie signalés en 2002-20034.