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Génie civil

Rétablir les ponts

Le 30 septembre 2006, le pont de la Concorde, à Laval, s’effondrait. Si cet événement a jeté un doute sur la fiabilité des infrastructures dans l’esprit des Québécois, le lien de confiance qu’ils entretiennent avec les ingénieurs civils demeure solide, malgré les doutes soulevés par la commission Johnson.

par Emmanuelle Gril


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 3 Mars 2008


Ce n’est pas la première fois qu’un viaduc s’effondre à Laval. Le 18 juin 2000, la chute du viaduc du Souvenir sur l’autoroute des Laurentides faisait un mort et deux blessés.

Quatre ingénieurs avaient été montrés du doigt et ont fait l’objet de sanctions de la part du Comité de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

Avec le second effondrement, celui du pont de la Concorde en septembre 2006, les Québécois craignent ces structures conçues par des ingénieurs : pas moins de 54 % des Québécois ne se sentent plus en sécurité lorsqu’ils empruntent un pont ou un viaduc, ou lorsqu’ils passent en dessous, nous apprenait un sondage Léger Marketing réalisé pour Le Journal de Montréal en juillet 2007.

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Étonnamment, les ingénieurs civils – concepteurs de ce type d’infrastructures et dont certains bureaux ont été montrés du doigt après la catastrophe – continuent de jouir de la confiance du public, malgré son anxiété face aux ponts.

«Sur le terrain, je n’ai rien entendu de spécial à propos de la confiance des clients à l’endroit du travail des ingénieurs», dit Bruno Massicotte, ing., professeur titulaire en génie civil et spécialiste des ponts à l’École Polytechnique de Montréal. Il a été responsable du groupe d’experts mandaté par le ministère des Transports pour la Commission d’enquête sur le viaduc de la Concorde, présidée par l’ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson. «Il n’y a pas de changement ni de méfiance particulière de la part des clients qui font affaire avec des ingénieurs», croit Bruno Massicotte.

Pour expliquer le maintien du lien de confiance entre la population et les ingénieurs, il juge que, contrairement à d’autres professionnels, comme les avocats, les ingénieurs œuvrent davantage dans l’ombre. «Leur travail n’est pas très connu du public. C’est peut-être parce qu’ils sont moins sous les feux de la rampe qu’ils sont un peu moins sujets à la critique.»

«Bien souvent, les cabinets ont recours à des ingénieurs moins expérimentés pour présenter une offre à meilleur prix...»
— Zaki Ghavitian, ing., président de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Etienne Couture, ing., président du Réseau des ingénieurs du Québec, soutient pour sa part que «[l’effondrement] ne semble pas avoir entraîné une perte de confiance dans le travail des ingénieurs civils». Le Réseau des ingénieurs du Québec défend les intérêts de 54 000 ingénieurs et de 17 000 étudiants québécois en génie. Etienne Couture précise d’ailleurs que seuls 10 à 15 % de ces professionnels se spécialisent dans les ponts et viaducs.

Même son de cloche du côté de l’Ordre des ingénieurs du Québec. «Nous n’avons reçu aucun signal en ce sens», dit son président, Zaki Ghavitian, ing.

Des turbulences

Si le public maintient sa confiance à l’égard des ingénieurs, la commission Johnson recommande des changements dans la pratique de la profession, lorsqu’il est question de ponts et de viaducs. Dans son rapport rendu public en octobre dernier, elle émet 17 recommandations qui touchent plusieurs aspects et ratissent large, aussi bien du point de vue de l’octroi de mandats à des bureaux de génie-conseil, que de la surveillance des travaux, de la qualité des matériaux de construction, de l’inspection des structures, de la mise à jour du Code de la construction et de l’accès aux dossiers.

Les représentants de la profession ont bien reçu les recommandations. «La Commission a fait un excellent travail, un exercice fouillé et sans complaisance, fait valoir Zaki Ghavitian. Nous voyons ses conclusions comme un avertissement à l’ensemble des ingénieurs, une sorte de rappel que leurs responsabilités professionnelles les suivent partout.» Etienne Couture ajoute pour sa part qu’il s’agit d’un «exercice qui permettra à la profession d’avancer», donc de progresser sur le plan du respect des règles déontologiques et du professionnalisme.


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