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Michèle Thibodeau-DeGuire

Génie social

La première Québécoise diplômée en génie civil à l’école Polytechnique montréal est aujourd’hui présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal. Des autoroutes montréalaises aux soupes populaires, l’énergique pionnière a construit des ponts, tant sur les routes qu’entre les gens.

par Noée Murchison




Depuis 18 ans, Michèle Thibodeau-DeGuire, qui a reçu plusieurs distinctions, dont quatre doctorats honoris causa, se dédie corps et âme aux actions sociales de Centraide, afin que «les gens se préoccupent les uns des autres».
Photo : Rachel Côté

À 16 ans, Michèle Thibodeau-DeGuire s’intéressait aux sciences, comme les garçons de son entourage. Toutefois, à la suggestion de son père architecte, qui ne la voyait pas «travailler dans un laboratoire», elle est entrée à l’École Polytechnique Montréal. Elle devenait ainsi une des rares filles à étudier le génie civil à Montréal et, en 1963, la première femme diplômée du programme au Québec. «J’étais toute seule, j’avais des dates tous les samedis soir!» s’exclame-t-elle.

Un travail acharné

Pourtant, ses études n’ont pas toujours été faciles. «Le mythe veut que pour entreprendre des études à Polytechnique, il faut être un super génie, mais ça n’a pas été sans effort. J’ai eu des reprises d’examen, j’ai bûché», se rappelle-t-elle.

Ce diplôme lui a donné de la crédibilité et un certain prestige, dit-elle, lui permettant de travailler pendant 20 ans comme ingénieure dans différentes entreprises de génie-conseil. Michèle Thibodeau-DeGuire a dessiné de nombreuses structures de béton de la métropole, dont des ponts, des stations de métro, des édifices, des installations d’Hydro-Québec et tous les murs de l’autoroute Décarie, à Montréal. «Et il n’y a pas un mur qui a bougé depuis», lance-t-elle fièrement.

L’esprit d’équipe d’abord

Sa formation d’ingénieure lui a appris deux grandes leçons, qu’elle a appliquées tout au long de sa carrière. «Seul, on ne peut rien, ça prend une équipe. Plus celle-ci est soudée, plus le succès est assuré, dit-elle. Et il ne faut pas se complaire dans les problèmes, il faut trouver des solutions. Nous les ingénieurs, on ne pellette pas beaucoup de nuages!» s’exclame-t-elle.

L’ingénieure estime que son parcours professionnel, en suscitant le respect, lui ouvre encore bien des portes aujourd’hui.

C’est grâce à cette approche que Michèle Thibodeau-DeGuire a pu devenir, en 1982, la première femme déléguée du Québec à Boston. Le désir de servir la société autrement l’a poussée à accepter ce poste. Elle appuyait les échanges entre sa province et les États du nord-est des États-Unis, notamment par la promotion de l’hydroélectricité québécoise. «J’ai réalisé que je faisais encore des ponts, mais entre le Québec et la Nouvelle-Angleterre», explique-t-elle.

De retour à Montréal, Michèle Thibodeau-DeGuire a travaillé en relations publiques à l’École Polytechnique Montréal avant de prendre, en 1991, la tête de Centraide du Grand Montréal, une organisation qui recueille des dons pour plus de 360 projets d’entraide. En créant cette fois des liens entre les citoyens fortunés et les plus démunis, elle est devenue une redoutable directrice pour les campagnes de financement. L’ingénieure estime d’ailleurs que son parcours professionnel, en suscitant le respect, lui ouvre encore bien des portes aujourd’hui.

Une lecture essentielle
Crise financière, changements climatiques, terrorisme… La complexification des problèmes dans la société d’aujourd’hui pourrait dépasser nos capacités à trouver des solutions. Voilà ce dont traite l’ouvrage The Ingenuity Gap, de Thomas Homer Dixon, publié en 2001, une lecture que recommande Michèle Thibodeau-DeGuire aux étudiants et aux jeunes ingénieurs. Selon elle, ce livre met sur le «qui-vive» et rappelle l’importance de contribuer à la société, notamment comme ingénieur.

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