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C’est pas du chinois!

Partout au Québec, une horde de nouveaux proprios dépensent une petite fortune pour meubler leurs condos et bungalows. Et pourtant, des manufacturiers de meubles québécois comme Shermag et Canadel sont contraints de réduire leurs effectifs. Cherchez l’erreur.

par Anick Perreault-Labelle


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 7 août 2006


Envahis de canapés et de commodes asiatiques, les magasins de meubles de nos contrées vendent moins de produits québécois que dans les années 1990. Mais bien que nos entreprises aient perdu quelques batailles contre l’Empire du Milieu, elles n’ont pas rendu les armes. Loin de là.

Stratégies de marketing renouvelées, productions à valeur ajoutée, meubles personnalisés, vente directe au consommateur… Les tactiques se multiplient et commencent à porter leurs fruits. «Il n’y a pas qu’une seule solution : tout dépend des forces que l’entreprise souhaite exploiter», explique Maude Baron, qui est chercheure au Partenariat de recherche sur l’industrie du meuble (PARiM) et étudiante au doctorat à l’Université Laval. «Par exemple, une compagnie reconnue pour ses designs devrait peut-être y consacrer plus d’efforts et laisser la distribution de ses produits à d’autres.»

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Si ces stratégies accroissent la productivité des entreprises et augmentent le volume de leurs ventes, au final, l’emploi devrait y gagner. Dans la mesure où les compagnies d’ici ne se mettent pas à délocaliser toute leur production en Chine, évidemment!

Faire court

Dans les faits, même si le secteur du meuble semble actuellement moribond, l’emploi y a crû de 15 % de 2000 à 2005, rapporte l’Institut de la statistique du Québec. Car ce ne sont que les produits destinés à la maison qui traînent de la patte. «Les meubles de bureau, les armoires de cuisine ou la menuiserie architecturale se portent très bien parce que ce sont des produits moins standardisés, que les entreprises chinoises ont plus de mal à concurrencer», indique Christian Galarneau, coordonnateur du Comité sectoriel de main-d’œuvre des industries des portes et fenêtres, du meuble et des armoires de cuisine.

Les fabricants québécois de meubles résidentiels sont bien outillés pour redonner à leur marché son lustre d’autrefois. Leur avantage? Ils sont collés sur le Canada et les États-unis, deux grands acheteurs de meubles. Leur défi? Réduire leurs délais de livraison pour profiter de cette proximité. Pour l’instant, il faut de un à deux mois pour recevoir un meuble du pays de Mao mais… le Québec ne fait guère mieux! «Certaines entreprises livrent en une dizaine de jours mais, en moyenne, elles prennent de quatre à six semaines», dit Denis Lagacé, professeur au Département de génie industriel à l’Université du Québec à Trois-Rivières et titulaire de la Chaire industrielle de recherche sur la productivité et l’innovation en réseau dans le secteur du meuble.

«Tous les manufacturiers seraient capables de livrer en 10 jours, même si certains diront que ce n’est pas réaliste», juge de son côté Jean-François Michaud, président-directeur général de l’Association des fabricants de meubles du Québec. Pour livrer plus vite, il faut se tourner vers la production à valeur ajoutée (PVA), dit Maude Baron. La PVA gagne du terrain depuis une dizaine d’années dans l’ensemble du secteur manufacturier et consiste à éliminer les actions qui n’apportent pas de valeur supplémentaire au produit. Comme les déplacements des employés ou l’entreposage, par exemple.

Pleins gaz!

Après un grand ménage, les Meubles Rive Sud, dans la région Chaudière-Appalaches, ont fait passer leur délai de livraison de quatre à deux semaines. «Cela a touché tout le monde, du bureau des commandes à l’emballage en passant par la production. Nous avons intégré tous nos systèmes informatiques pour améliorer la communication entre les différents services. C’est beaucoup plus efficace et ça nous permet notamment de gérer nos matières premières en temps réel», explique Michel de Mauraige, directeur du marketing de la compagnie. Pas de doute, la PVA améliore la productivité. Mais ce n’est pas une panacée, nuance Jean-François Mercier, chef des opérations chez Meubles Laurier, installée dans la même région. «Nous avons implanté la PVA en 2001, mais il faut faire plus. Cela nous a fait gagner 15 % en matière de productivité, alors que les meubles chinois coûtent en moyenne 40 % moins cher.»

Du côté de AP Industries, aussi dans Chaudière-Appalaches, le temps de fabrication d’une pièce de lit ou de commode est passé de quelques jours à quelques heures! «On a complètement réaménagé l’usine pour adopter un mode de production en cellules de travail», se félicite Réjean Lachance, directeur d’usine. Jusqu’en 2002, AP Industries n’avait qu’une ligne de production. Les ouvriers devaient donc ajuster chaque machine selon qu’ils se préparaient à fabriquer des panneaux, des barreaux de lit ou des couchettes. Une opération qui pouvait prendre jusqu’à cinq heures!

AP Industries a divisé cette même ligne de production en 10 petites, chacune munie d’équipements informatisés pouvant s’ajuster en aussi peu de temps que quelques minutes. Cette organisation en cellules de travail – qui gagne d’ailleurs l’ensemble du secteur manufacturier québécois – permet à la compagnie de produire simultanément plusieurs modèles en petite quantité. «Nous ne fabriquons désormais que des meubles commandés, même s’il s’agit seulement d’un lot de deux ou trois exemplaires», dit Réjean Lachance.


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