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Les alliances dans l'industrie pharmaceutique

À deux, c'est mieux

C’est David qui se promène bras dessus, bras dessous avec Goliath. Depuis cinq ans, petites firmes biotechnologiques et géants pharmaceutiques du Québec multiplient les partenariats pour développer ensemble de nouveaux médicaments. Une stratégie de survie pour la bio-industrie, qui lutte contre vents et marées pour rester debout.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006


Martin Leblanc, vice-président directeur de Caprion, est catégorique : sans ses alliances avec des big pharmas, comme on les appelle dans le milieu, l’entreprise biotechnologique qu’il a cofondée à Montréal en 1998 serait probablement rayée de la carte.

«La preuve, c’est que les autres firmes québécoises qui œuvraient comme nous dans le secteur des technologies protéomiques [la méthode par laquelle on identifie les protéines qui font défaut quand on est malade] sont maintenant fermées, affirme-t-il. C’est en bonne partie parce qu’elles n’ont pas été capables de conclure des ententes de recherche avec des compagnies pharmaceutiques. En ce moment, ces partenariats sont une condition sine qua non de notre avenir.»

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C’est que les temps sont durs pour la biotechnologie spécialisée en santé, un secteur qui fait pourtant l’orgueil du Québec au chapitre de l’innovation. Sur la centaine d’entreprises québécoises qui emploient 3 000 scientifiques, 20 % connaissent de «très graves difficultés», selon Perry Niro, directeur général de BIOQuébec, le réseau d’affaires québécois des bio-industries et des sciences de la vie. «Et la moitié des entreprises auront des ennuis si elles ne trouvent pas de financement d’ici à deux ans», ajoute-t-il.

Le nœud du problème : des investisseurs frileux qui ont peur d’y laisser leur chemise, vu le risque que représente la biotechnologie. En effet, seule une molécule sur 10 000 a des chances de devenir un jour un médicament commercialisé. Ce qui prend environ 12 ans de recherche… et coûte jusqu’à 1,3 milliard de dollars, rapportent les spécialistes de l’industrie.

«Pendant les années 1990, le capital de risque a beaucoup investi dans les compagnies biotechnologiques, explique Martin Leblanc. Or, nombre de ces petites entreprises avaient de bonnes idées, mais pas de plan d’affaires qui se tenait. Elles se sont effondrées au premier coup dur, minant ainsi la confiance des investisseurs.»

Parmi celles qui ont survécu, plusieurs ont dû se serrer la ceinture pour tenir le coup, en coupant notamment dans la main-d’œuvre. Une enquête réalisée par BIOQuébec en 2005 révélait que 30 % des 46 entreprises biotechnologiques interviewées avaient dû faire des mises à pied en 2004.

Sauver sa peau

Pour se sortir du marasme, une solution de plus en plus populaire pour ces petites entreprises consiste à devenir une sorte de pourvoyeuses de projets de recherche pour les géants pharmaceutiques. En 2005, 37 % des entreprises biotechnologiques avaient adopté cette stratégie, contre 29 % en 2004.

Grosso modo, voici le processus : la firme biotechnologique présente le fruit de ses recherches sur une molécule ou une technologie donnée à une compagnie pharmaceutique – la recherche étant à un stade plus ou moins avancé. Si le géant pharmaceutique juge le projet intéressant, il allonge les sommes nécessaires à la poursuite de la recherche sur la molécule ou la technologie en question. Si les découvertes sont concluantes, le produit est commercialisé et les profits sont divisés entre la compagnie pharmaceutique et la firme biotechnologique, cette dernière récoltant un pourcentage variable des ventes.

La firme biotechnologique bénéficie alors de la puissante machine de marketing du géant pharmaceutique, de son usine de production et de toute son équipe de représentants, souvent active dans plusieurs pays. Le jackpot, quoi. Cela dit, il arrive aussi que le gros poisson mange le petit, comme l’illustre l’achat du laboratoire québécois de vaccins ID Biomedical par le géant GlaxoSmithKline en septembre 2005.

«Il suffit d’un gros succès commercial avec un médicament produit en partenariat, et les millions coulent à flots, en plus de ressusciter la confiance des investisseurs», affirme Hans Mäder, président et chef de la direction de Procyon Biopharma, une petite boîte montréalaise de biotechnologie. Pas étonnant que 72 % des petites entreprises de l’industrie projettent de former une alliance au cours de la prochaine année, selon une étude du cabinet Deloitte réalisée en 2005.

Mais une alliance ne garantit pas nécessairement le succès. Hans Mäder en sait quelque chose. Il a dû réduire le personnel de 40 à 28 employés à la suite d’un échec avec l’entreprise Biovail. «On n’a pas été en mesure de prouver l’efficacité du médicament qu’on développait. Ç’a été un coup dur.» Par ailleurs, la compétition est très féroce entre les compagnies biotechnologiques. «Les géants pharmaceutiques reçoivent au moins 100 propositions par semaine de la part de firmes biotechnologiques qui viennent de partout dans le monde», explique Gilles Gagnon, pdg d’Æterna Zentaris.

C’est ce qu’on appelle une situation gagnant-gagnant… du moins pour l’instant.


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