La plasturgie compte parmi les secteurs industriels les plus dynamiques du Québec. Aujourd’hui confrontées à une nouvelle rivale, la Chine, ses entreprises visent d’importants développements et ont besoin de renforts. Et vite!

Petit test pour consommateur averti. Sur les tablettes de Toys’R’Us, le géant américain de la vente de jouets, essayez de repérer les produits qui ne sont pas fabriqués en Chine. Bonne chance, car ils sont rarissimes!
Comme pour le vêtement et le meuble, la Chine change la donne dans l’industrie de la plasturgie, un fleuron de l’économie québécoise, qui offre actuellement d’excellentes perspectives d’emploi à des milliers de travailleurs. Son émergence provoquera-t-elle ici des fermetures d’usines en série, moulées sur le modèle de Huntingdon?
| Pub. |
La réponse est non. En effet, Pierre Guimont, directeur général de PlastiCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des plastiques et des composites, se veut rassurant. «Il est certain qu’au cours des prochaines années, les Chinois seront toujours plus présents dans la production à grand volume de produits d’utilisation courante, comme du matériel d’emballage, des jouets et des articles ménagers. Par contre, ils ne seront pas dans la course d’ici à plusieurs années dans le créneau de la production de petits lots de produits à valeur ajoutée, comme ceux destinés à l’industrie de l’automobile, où les délais de livraison doivent être respectés.»
Ainsi, les entreprises québécoises qui fabriquent des produits haut de gamme – entre autres pour les industries de l’automobile, de l’électronique, de l’informatique et de l’aéronautique – sont moins susceptibles d’être affectées par la concurrence chinoise. Idem pour celles qui fabriquent des produits volumineux, comme des profilés de PVC pour portes et fenêtres ou des pare-brise d’automobiles, car les coûts du transport outremer font en sorte que l’exportation d’une production asiatique vers le continent nord-américain n’est pas rentable. Toutefois, rien ne dit que les Chinois ne trouveront pas le moyen, dans l’avenir, de transporter de tels produits à bon prix.
Michel Labonté, coordonnateur du Département de la plasturgie au Collège Ahuntsic de Montréal, estime pour sa part que plusieurs fabricants québécois de produits à faible valeur ajoutée (jouets, produits d’emballage, articles ménagers) sont littéralement appelés à disparaître. Il prétend qu’à long terme, les entreprises qui travaillent dans le haut de gamme pourraient également être affectées. «Dans les années 1970, les Japonais fabriquaient des automobiles bas de gamme. Aujourd’hui, ils réussissent très bien dans la production de véhicules luxueux. Les Chinois pourraient bien les imiter.»
De là la nécessité d’agir tôt pour bien positionner l’industrie. «Il est certain que nous ne pouvons pas faire concurrence à la Chine dans le domaine des produits bon marché, concède le directeur de PlastiCompétences. Par contre, nous sommes meilleurs que la plupart des entreprises étrangères pour fabriquer des produits haut de gamme. C’est dans cette direction qu’il faut orienter nos efforts. Nos entreprises doivent augmenter la valeur ajoutée de leurs produits et réduire au minimum les délais de livraison, car il s’agit d’avantages concurrentiels importants.»
C’est en investissant dans le design et le génie industriels que le Québec pourra relever le défi de la valeur ajoutée, soutient Pierre Guimont. «Combinées à une analyse rigoureuse des besoins, ces disciplines engendrent des innovations importantes, qui permettent souvent de découvrir de nouvelles applications pour les matières plastiques et les matériaux composites, dit-il. Il y a quelques mois, on ne voyait presque pas de matières plastiques transparentes. Aujourd’hui, c’est la grande mode, comme en témoigne le nouvel iMac. Si nous mettons l’accent sur le design des produits, nous ferons des gains qui profiteront à toute l’industrie.»
Eugène Gagnon, professeur au Département de la plasturgie de l’École des métiers du Sud-Ouest à Montréal, estime lui aussi que l’avenir de la plasturgie québécoise passe par le haut de gamme. «Les créneaux de l’automobile, de la construction, du médical et du pharmaceutique sont les plus prometteurs, car les produits de ces industries doivent répondre à des exigences élevées en matière de production et de livraison. Leur fabrication requiert donc une expertise de pointe.»