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Santé : la génération montante

La conquête

Au cours des prochaines années, la face du système de santé québécois va changer considérablement. Alors que les baby-boomers et leurs aînés désertent graduellement le réseau pour prendre leur retraite, les nouveaux professionnels s’y installent et imposent subtilement leurs façons de faire. Plus qu’à une simple relève de la garde, on assiste à une véritable cassure générationnelle. Qui sont ces jeunes? Quelles sont leurs valeurs? Qu’espèrent-ils apporter au système et qu’attendent-ils de lui en retour?

par Mylène Tremblay


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 1 janvier 2005


Ils sont dans la vingtaine et forment la génération Y. Enfants des baby-boomers, «cadets» de la génération X, les nouveaux médecins, infirmières, pharmaciens, physiothérapeutes et techniciens de toutes sortes déferlent si rapidement et en si grand nombre dans le réseau de la santé qu’ils seront bientôt plus nombreux que leurs pairs déjà en place.

Et pour cause : d’ici à 2018, le réseau prévoit recruter 253 700 nouveaux diplômés. Entre-temps, 98 300 personnes, pour la plupart des baby-boomers, prendront le chemin de la retraite (voir encadré).

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Ce renversement de la pyramide des âges commence déjà à causer des maux de tête aux gestionnaires des ressources humaines du réseau. Généralement plus instruits, à l’aise avec les nouvelles technologies, ces jeunes professionnels ne sont pas de ceux qui aiment se faire contrôler. De plus, leurs préoccupations divergent largement de celles de leurs aînés, et ils ne se gênent pas de critiquer leur enseignement et leurs modes de gestion.

Déjà, une certaine relève avait commencé à prendre place, par l’intermédiaire de la génération X. Aujourd’hui âgés de 24 à 44 ans, ces professionnels ont ouvert une brèche dans le modèle de gestion implanté par leurs prédécesseurs. «Plutôt que de diriger et contrôler les autres, ils leur offrent du soutien. Plutôt que d’informer, ils communiquent. Avec eux, on a vu apparaître des équipes multidisciplinaires de travail», constate Jean Goyette, conseiller en gestion des ressources humaines à l’Association des hôpitaux du Québec.

Pour compenser les pertes d’effectif engendrées par le programme de départ volontaire à la retraite dans les années 1990, le gouvernement a rouvert les vannes des programmes de formation des professionnels de la santé. Voici que débarque une seconde nouvelle génération dans le réseau, les «Y».


Un rythme d’enfer
En 2003, près de 60 % du personnel du réseau avait plus de 40 ans. Les jeunes professionnels de 26 ans et moins comptaient à peine pour 15,5 % de l’ensemble, contre 75 % pour les 26 ans et plus1.

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), quelque 2 500 personnes prennent chaque année leur retraite depuis 15 ans. Ce nombre toujours croissant connaîtra un sommet en 2011, avec 8 000 départs.

Or, avec la baisse importante de natalité observée au Québec depuis 1965 et son maintien à un faible niveau, le nombre de jeunes ne fait que diminuer, de même que le bassin de candidats potentiels aux programmes de formation. Et le caractère majoritairement féminin de nombreuses professions du secteur de la santé n’arrange rien puisque les femmes ont maintenant mille et un choix de carrière2.

En tenant compte des départs à la retraite, des décès et des cessations d’emploi, mais aussi du vieillissement de la population, le réseau de la santé doit prévoir une croissance de la main-d’œuvre de 1,6 % chaque année. D’ici à 2018, le MSSS prévoit recruter quelque 253 700 travailleurs3. Les diplômés attendus suffiront-ils à la tâche? Rien n’est moins sûr, sachant qu’il manque déjà plus de 10 000 personnes actuellement pour pourvoir à tous les postes au Québec, estime Jean Goyette, conseiller en gestion des ressources humaines à l’Association des hôpitaux du Québec.

En 1997-1998, le réseau enregistrait 20 000 départs à la retraite, un record fracassant largement encouragé par les programmes de départ volontaire et d’indemnité de départ. Pour compenser, le gouvernement a multiplié le nombre d’admissions dans les programmes universitaires de médecine, sciences infirmières, pharmacie, ergothérapie, physiothérapie et orthophonie. Certains programmes collégiaux ont aussi rouvert les vannes, notamment en techniques ambulancières, en radiodiagnostic, en électrophysiologie médicale, en soins infirmiers, en inhalothérapie et en radio-oncologie. Mais cette solution temporaire a engendré d’autres problèmes : milieux cliniques débordés par les nouveaux étudiants, places de stage restreintes, nombre de professeurs insuffisant, etc.

Et tout ça sans prendre en considération les caractéristiques des entités «X» et «Y». Décidément, l’équation n’est pas simple.

1. Statistique Canada. Enquête sur la population active, 2004.
2. et 3. Ministère de la Santé et des Services sociaux. Planification de la main-d’œuvre dans le secteur de la santé et des services sociaux, 2003.


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