
«Si le réseau se maintient, c’est grâce aux heures supplémentaires que nos employés acceptent de faire», ajoute-t-il.
«Demander aux infirmières de faire des heures supplémentaires, ça peut aller pendant une année. Mais de manière récurrente, ça use le personnel», affirme Lisa Massicotte, de l’Association des hôpitaux. Depuis 1997, il y aurait une augmentation de 48 % des coûts reliés aux congés de maladie dans le réseau de la santé.
Il manque près de 2 000 infirmières dans le réseau, surtout dans les grands centres hospitaliers de Montréal, où les soins donnés sont plus complexes. «D’ici à 2008, il faudra embaucher quelque 15 000 infirmières», estime Sylvie Vallière, attachée de presse à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.
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Selon l’Ordre, plusieurs infirmières préfèrent les centres locaux de services communautaires (CLSC) aux grands hôpitaux, puisqu’elles n’ont pas à y travailler la nuit et que le stress y est moins important. Pourtant, la situation dans les CLSC et les centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) est tout aussi alarmante, confirme l’Association des CLSC et des CHSLD du Québec. En plus de chercher des infirmières, les membres de l’Association font aussi face à une pénurie d’ergothérapeutes, de physiothérapeutes, d’audiologistes et d’orthophonistes.
Depuis 1999, les contingents universitaires ont été augmentés presque partout. «Mais nous n’en verrons pas les résultats avant trois ans…», constate Louise Trépanier, de l’Association des CLSC et des CHSLD.
En près de quatre ans, cette mesure a permis d’augmenter le nombre des admissions en soins infirmiers au collégial et à l’université de 65 %. «Les bancs d’école sont pleins», se réjouit Sylvie Vallière. À la faculté de médecine de l’Université McGill, les classes ont aussi atteint leur plafond. Pour ce qui est de la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, Marie-Claude Binette, adjointe au vice-doyen, confirme qu’«elle a atteint sa capacité compte tenu des locaux».
Toutefois, la plupart des intervenants rappellent que le réseau a aussi besoin d’une réorganisation du travail. «Par exemple, explique Robert Tremblay, les infirmières ne devraient plus changer de lits ni donner des bains, pour plutôt utiliser au maximum leurs compétences.» Déjà, la loi 90, adoptée en juin 2002, donne la possibilité aux infirmières de pratiquer certains actes autrefois réservés aux médecins, afin d’alléger la tâche de ces derniers. Elles-mêmes verront certaines de leurs tâches confiées aux infirmières auxiliaires et aux préposés aux bénéficiaires.
Pour retenir le personnel, Robert Tremblay estime que l’État doit devenir un meilleur employeur en facilitant la conciliation du travail et de la famille, en donnant plus de soutien au personnel et en révisant les conventions collectives… De longs débats en perspective!
On manque aussi de comptables…
Le réseau de la santé et des services sociaux est le plus important employeur au Québec. Plus de 230 000 personnes travaillent dans au-delà de 450 établissements de santé à travers la province.
Si les pénuries d’infirmières et de médecins sont les plus médiatisées, d’autres professionnels de la santé manquent aussi à l’appel. À la Régie régionale de Québec, par exemple, on porte une attention particulière aux techniciens médicaux, aux techniciens en électrophysiologie et en radio-oncologie, ainsi qu’aux physiothérapeutes en CLSC.
En fait, la plupart des techniciens «du diagnostic», comme les techniciens en électroencéphalographie, sont demandés.
Par ailleurs, Christiane Lemaire, conseillère en promotion de la santé à la Régie régionale de la Mauricie et du Centre-du-Québec, révèle que selon les données nationales, d’ici à 2010, il faudra recruter plus de 6 500 cadres pour les régies régionales du Québec. Un chiffre équivalant à 72 % des cadres qui sont déjà en fonction. En plus de pourvoir aux postes disponibles, il faudra remplacer ceux qui quitteront au cours des prochaines années. Richard Fortier, chef du service des ressources humaines à la Régie régionale de l’Estrie, précise que le besoin est pressenti autant chez les cadres cliniques, c’est-à-dire qui gèrent une équipe médicale, comme les directeurs des services professionnels, que chez les cadres non cliniques, soit les chefs comptables ou les directeurs des ressources humaines, par exemple.
(M. B.)