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Soins infirmiers

Passer à l’acte

En 2006, la traditionnelle infirmière formée au cégep, exécutante du médecin, côtoie des Ph. D. en sciences infirmières, des collègues gestionnaires ou cliniciennes et – grande nouveauté – des infirmières praticiennes.

par Jean-Sébastien Marsan


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 10
novembre-décembre 2006


L’article 36.1 de la Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé autorise l’infirmière à prendre certaines décisions sans consulter un médecin : prescrire certains examens diagnostiques, des médicaments, des traitements médicaux, etc. Mais elle doit pour cela posséder une formation universitaire de deuxième cycle en sciences infirmières, et son intervention est limitée à certains domaines. Bienvenue dans l’univers de l’infirmière praticienne.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a négocié avec les fédérations de médecins l’introduction de praticiennes dans trois secteurs : néonatologie (nouveau-nés prématurés ou malades), néphrologie (maladies des reins) et cardiologie. En septembre dernier, le Québec ne comptait qu’une vingtaine de praticiennes, selon l’Ordre. Elles ont été formées ailleurs au Canada pour deux raisons : les universités québécoises commencent à peine à offrir les programmes requis, et les autres provinces ont une longueur d’avance sur la formation et la pratique – l’Ontario compte déjà environ 800 praticiennes.

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«En Ontario, les praticiennes peuvent traiter des problèmes de santé courants dans les cliniques sans rendez-vous : grippe, sinusite, haute pression, etc., explique Mylène Leclerc, infirmière au GMF des Faubourgs. Quand un patient a un problème de santé plus complexe, elles l’envoient à un médecin. Ça, c’est toute une révolution!»

Un jour, des infirmières praticiennes québécoises pourront prodiguer des soins de première ligne, en médecine familiale, par exemple. «Il y a 1,5 million de personnes au Québec qui n’ont pas de médecin de famille, rappelle Ghyslaine Desrosiers, présidente de l’OIIQ. Il n’y a pas de doute que ces infirmières auront de l’ouvrage et de la clientèle.»

La nouvelle norme 

L’infirmière titulaire d’un baccalauréat en sciences infirmières donne aussi une nouvelle dimension à son travail. Selon la nouvelle convention collective imposée par le gouvernement en décembre dernier, on l’appelle désormais infirmière clinicienne généraliste. En plus de prodiguer les soins comme le fait l’infirmière diplômée du collégial, la clinicienne conçoit, applique et évalue des plans de soins, développe ou adapte des outils cliniques, coordonne du travail d’équipe et des services entre établissements, etc. Autrement dit, un diplôme de premier cycle permet à l’infirmière d’assumer plus de responsabilités et donne accès aux postes de cadres.

«Avec le ministère de la Santé, on a l’objectif d’introduire entre 900 et 1 400 nouvelles infirmières cliniciennes par année au Québec, et ce sont des estimations prudentes», indique Ghyslaine Desrosiers.

Pour devenir infirmière clinicienne, «la Loi n’exige pas un baccalauréat, mais dans les faits, ça fait plusieurs années que la formation universitaire prépare pour ce type de rôle, précise Ghyslaine Desrosiers. Évidemment, dans une région où il n’y a pas assez de diplômées de l’université, on emploie celles qui ont un diplôme d’études collégiales.» L’expérience compense l’absence de formation universitaire.

L’État-employeur et le mouvement syndical devront tenir compte, dans leurs négociations, de la présence accrue d’infirmières spécialisées.

«Après le baccalauréat, l’infirmière peut choisir un programme de spécialisation : santé mentale, prévention des infections, oncologie, etc.», expose Odette Doyon de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ces «programmes courts» en soins cliniques sont surtout constitués de stages. Un tel parcours mène au statut d’infirmière clinicienne spécialisée, aussi appelée «conseillère en soins spécialisés» dans la convention collective.

À l’Université de Sherbrooke, comme dans plusieurs établissements d’enseignement, le premier cycle a été pendant un quart de siècle un programme de perfectionnement, après le diplôme d’études collégiales (DEC). «Mais depuis 2004, il y a ce qu’on appelle la formation infirmière intégrée : les étudiants continuent à être formés trois ans au collégial, puis ils ont la possibilité de poursuivre leur formation pendant deux ans à l’université», indique Luc Mathieu, directeur de l’École des sciences infirmières de l’Université. Autrement dit, un baccalauréat peut être obtenu en deux ans, au lieu de trois. Cette scolarité de base sera suivie de formations universitaires complémentaires (programmes courts, voire une maîtrise) si l’infirmière désire se spécialiser.

Ajustements nécessaires?

Un obstacle limite le déploiement des cliniciennes et praticiennes dans le réseau public de la santé : la réglementation du travail. «Actuellement, une jeune infirmière qui termine une formation universitaire supplémentaire en soins intensifs n’aura pas accès en priorité aux postes en soins intensifs parce que c’est toujours l’ancienneté qui compte dans la convention collective», déplore Odette Doyon. L’État-employeur et le mouvement syndical devront tenir compte, dans leurs négociations, de la présence accrue d’infirmières spécialisées.

Enfin, une infirmière peut pousser ses études au deuxième ou au troisième cycle pour devenir infirmière en recherche. (À ne pas confondre avec l’infirmière de recherche, embauchée par une équipe médicale pour s’occuper des patients-cobayes d’un protocole de recherche.) Souvent professeure à l’université, l’infirmière en recherche enseigne et mène des études scientifiques pour améliorer la pratique infirmière et, au bout du compte, la qualité des soins. L’avenir dira s’il faudra les appeler «docteures»!


Les salaires varient du simple au double, selon la formation

Infirmière praticienne (maîtrise en sciences infirmières) : jusqu’à 80 000 $ la première année (sans compter les gardes et les heures supplémentaires)

Infirmière clinicienne (baccalauréat en sciences infirmières) : de 35 023 $ à 64 485 $ selon l’expérience

Infirmière diplômée du collégial (DEC en soins infirmiers) : de 34 061 $ à 50 763 $

(Source : Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, août 2006.)


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