Toronto est devenue la capitale canadienne de la finance. Mais Montréal se refait une place au soleil en développant rapidement le créneau spécialisé des produits financiers dérivés.

Jean-Charles Robillard, directeur des communications de la Bourse de Montréal, ne pense pas qu’il y ait concurrence entre Montréal et Toronto, mais complémentarité. En 1999, il y a eu répartition des tâches : à Toronto les actions, à Montréal les options et produits dérivés.
Cette année-là, la Bourse de Montréal a pris un virage important en se spécialisant dans les dérivés financiers, un virage réussi, puisque cinq ans plus tard, en 2004, la seule Bourse canadienne de produits dérivés financiers affichait une croissance de son activité de 125 % et un progression de ses revenus de 49 %. Ce n’est rien d’étonnant, puisque la majorité des placements performants aujourd’hui proposés par les banques comprennent des produits dérivés garantis par des fonds de compensation dont la Bourse de Montréal a fait sa spécialité.
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L’utilisation de technologies de pointe pour les transactions et la demande accrue de sécurité en matière de produits financiers placent la Bourse de Montréal en très bonne position. D’ailleurs, le savoir-faire de l’établissement s’exporte. En 2003, la Bourse de Montréal s’implantait aux États-Unis en lançant la Boston Options Exchange, la plus récente Bourse d’options créée chez nos voisins du Sud.
De grandes ambitions sont permises aux financiers qui souhaitent travailler à Montréal, à condition toutefois de rester en phase avec les exigences du marché et de bien connaître les produits financiers qui sont de plus en plus complexes. Si le marché financier est prometteur, il n’en est pas moins concurrentiel. Les employeurs, les banques, les compagnies d’assurance et la Bourse ont des besoins précis à combler et sont à la recherche d’analystes, de gestionnaires et d’économistes ayant une bonne connaissance des produits financiers sophistiqués. Certains employeurs ont d’ailleurs pris les devants. Le Mouvement Desjardins a financé la création de la Chaire Desjardins en gestion des produits dérivés à l’École des Sciences de la gestion de l’UQAM, dont les recherches visent à favoriser l’émergence de nouveaux concepts et de nouvelles stratégies efficaces de gestion des risques financiers à l’aide de ces produits, en particulier pour les PME.
La Bourse de Montréal est également partenaire de l’UQAM au sein de cette chaire. L’intérêt pour cette institution est surtout de s’assurer que des étudiants soient formés à ses produits spécifiques. «Les candidats que nous recrutons dans les postes financiers doivent avoir une solide connaissance des produits dérivés», explique Nathalie Grondin, directrice des ressources humaines à la Bourse de Montréal. Leur profil? «Actuellement, nous comblons nos besoins grâce à nos employés très expérimentés qui ont suivi des cours de spécialisation à notre Institut des dérivés, ici à la Bourse, ou auprès d’autres institutions offrant des formations sur ces produits financiers.»
La directrice des ressources humaines tient à souligner que, outre le volet financier, 50 % des besoins de main-d’œuvre à la Bourse de Montréal sont liés aux technologies de l’information, la plateforme d’échange étant totalement informatisée. «Nous recherchons des programmeurs qui ont un diplôme d’études collégiales ou un baccalauréat en informatique, et des ingénieurs en informatique ou en électronique qui possèdent une solide expérience en développement, assurance qualité, administration de systèmes ou gestion de projet.»
Stabilité de l’économie provinciale, bonne santé de l’économie canadienne, maîtrise à la fine pointe de la technologie et spécialisation de son établissement boursier font de Montréal une place financière tout à fait compétitive par rapport à Toronto et surtout face à ses concurrentes américaines spécialisées dans les produits dérivés. Quant à l’avenir, l’institution montréalaise a déjà signifié son intérêt pour l’échange de crédits de carbone qu’autorise l’accord de Kyoto.
Avec un volume d’échange en hausse de 21 % en moyenne au premier semestre 2005 par rapport à la même période en 2004, et une progression moyenne soutenue depuis trois ans, la Bourse de Montréal fait plus que tirer son épingle du jeu. D’ailleurs, dans un marché mondialisé, la vraie concurrence n’est pas à Toronto, mais plutôt à New York ou à Londres…