Les baby-boomers ont imposé leurs goûts dans le domaine de la consommation. Des fabricants de voitures aux agents de voyages, nombreux sont ceux qui se sont adaptés à leurs besoins. En prévision de la retraite, cette génération prend maintenant d’assaut le marché des services financiers… à moins que ce ne soit l’inverse?

Le premier boomer québécois a poussé son cri primal en 1946 – il a aujourd’hui 61 ans –, le dernier a vu le jour en 1965 et souffle ses 42 bougies cette année. Leurs besoins en services financiers varient selon leur âge et leurs habitudes de vie. «Il y a deux extrêmes chez les baby-boomers, discerne Marguerite Pernice, directrice principale à la gestion personnalisée, à la Banque Nationale. Il y a ceux qui sont à l’aise financièrement et ceux qui sont superendettés à cause de la surconsommation et qui ne sont pas structurés pour la retraite.»
«Les boomers âgés de 50 à 60 ans ont un sens aigu des responsabilités et une aversion pour le risque. Ils sont rationnels et leurs décisions sont réfléchies, observe Hélène Ruel, conseillère en développement des affaires et vice-présidente à la gestion des avoirs au Mouvement Desjardins. Comme ils sont à l’aube de leur retraite, ils veulent des rendements à court terme et la protection de leur capital.»
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Les 40 à 50 ans portent un gros boulet : leurs dettes. L’épargne et l’accumulation d’actifs financiers (résidences, biens de valeur, placements, etc.) demeurent un défi pour eux, souligne Hélène Ruel. «Comme ils ont encore pas mal de dépenses à assumer, ils ont besoin d’une gestion de leurs dettes, de même que de diversification et de rendement pour leurs placements s’ils veulent accumuler pour leur retraite.»
Plusieurs possèdent des actifs (maisons, objets de valeur, placements), d’autres sont des locataires sans le sou. Nombre d’entre eux ont connu le divorce, les familles éclatées, recomposées, etc., ce qui embrouille leur planification successorale (qui héritera de quoi). Leurs enfants peuvent s’accrocher longtemps au nid familial, leurs parents âgés et malades peuvent nécessiter des soins à domicile…
Le marché des services financiers s’est donc adapté aux besoins complexes de cette génération avec des produits financiers variés : régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), fonds mutuels et distincts, fiducies de revenu, etc.
Martin Dupras, conseiller principal à la firme d’actuariat Groupe-conseil Aon, signale que d’autres produits, hypersophistiqués, ont aussi vu le jour. Les produits indiciels ou dépôts garantis liés à un indice ou à un panier d’indices, par exemple. «Avec ces produits, le calcul du rendement est d’une grande complexité, dit-il. Par exemple, on prend 10 indices boursiers de référence tels que le Nikkei (de la Bourse de Tokyo) ou le TSX (de la Bourse de Toronto). L’année 1 de fonctionnement du fonds, on vous donne le meilleur des 10 indices et on l’enlève du panier, l’année 2, on vous donne le meilleur des 9 indices, et ainsi de suite. Ça devient d’une grande lourdeur. Il y a aussi des stratégies d’assurance vie universelle où l’on fait des prêts collatéraux ou de la défiscalisation des REER en faisant des emprunts.»
Les investisseurs novices n’y comprennent rien, admet Martin Dupras. «Mais ces produits et stratégies de placement sont nés parce qu’il y avait des besoins à combler chez les boomers et parce qu’il y avait des ouvertures sur le plan des marchés financiers ou de la loi de l’impôt.» À condition d’avoir les connaissances requises et une tolérance au risque financier…
«On ne devrait pas investir dans quelque chose qu’on ne comprend pas, soutient François Leduc. On enseigne ça à nos élèves!» L’enseignant conseille aux consommateurs de s’initier aux marchés financiers et de se renseigner sur les entreprises cotées en Bourse avant de se procurer des actions. «Il ne faut pas acheter des actions d’une compagnie qu’on ne connaît pas et qu’on ne comprend pas.»