Il y a cinq ans éclatait la bulle des technos. Du jour au lendemain, les flamboyants golden boys de la nouvelle économie ont perdu leur éclat. Aujourd’hui, l’industrie des technologies de l’information et des communications se redresse doucement, mais elle doit relever d’autres défis, dont la menace indienne.

Printemps 2000. Le Nasdaq, indice boursier qui regroupe les principales sociétés technologiques américaines, atteint des sommets historiques avant de connaître une chute vertigineuse, entraînée par la panique des actionnaires. Une page d’histoire se tourne alors pour la nouvelle économie qui, complètement dopée par la surévaluation de ses titres boursiers, fait face à la débâcle. Suivent le naufrage des équipementiers en télécommunications et les scandales financiers, façon Worldcom.
Au Québec comme ailleurs, des entreprises n’y survivront pas. Mais cinq ans plus tard, les spécialistes de l’industrie constatent que le choc a été moins grand ici qu’aux États-Unis. Même Ottawa en a souffert davantage que Montréal : son industrie des technologies de l’information et des communications (TIC) est essentiellement tournée vers les télécommunications, tandis que celle de la métropole est plus diversifiée, remarquent-ils.
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«Il y a certainement eu un recul, mais on ne peut pas parler d’hécatombe», dit Éric Lacroix, directeur Enquêtes et Veille stratégique au Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO).
«L’effet s’est fait davantage ressentir chez les équipementiers en télécommunications. On s’en rend bien compte en passant devant les stationnements déserts de chez Nortel à Saint-Laurent, par exemple. Mais dans le secteur des services informatiques, l’impact a été beaucoup plus faible. Ce sont aussi les entreprises qui ont basé l’ensemble de leur modèle d’affaires sur Internet, comme certains détaillants ou services de livraison en ligne, qui ont souffert», ajoute-t-il.
Philippe Leroux, associé chez VDL2, firme-conseil dans le domaine du marketing et du commerce interactif, ne croit pas que la spéculation boursière soit l’unique responsable de la déconfiture des TIC. Il ne faut pas confondre deux bulles différentes, dit-il : celle de la spéculation frénétique sur les point-coms, et celle du bogue de l’an 2000, envers lequel plusieurs entreprises informatiques affichaient un certain catastrophisme. «Les deux bulles ont éclaté à peu près en même temps, se souvient-il. Cela a contribué à créer un certain carnage dans les emplois liés aux TIC.»
Les événements du 11 septembre 2001 et le ralentissement économique qui a suivi dans plusieurs sphères de l’économie ont également eu une influence sur les carnets de commandes des entreprises québécoises. «Ç’a été une période très difficile, puisque la majorité de nos clients étaient aux États-Unis, où l’impact de ces événements s’est fait davantage sentir», note Laurent Proulx, vice-président senior et chef de la technologie chez Nstein Technologies, société qui développe et commercialise des logiciels capables d’analyser et de gérer de grandes quantités d’information dans plusieurs langues.
Même si ces débandades n’ont pas été aussi dévastatrices ici qu’au-delà de nos frontières, Montréal a perdu environ 2 000 emplois dans le secteur des hautes technologies entre 2001 et 2003, rapporte Statistique Canada. Notons qu’il existe peu de données précises sur les TIC, puisque la définition même des entreprises faisant partie de ce secteur d’activité varie d’un organisme à l’autre.
Par ailleurs, l’absence de financement a rendu la vie difficile aux petites entreprises qui en dépendent. «L’éclatement de la bulle a refroidi les ardeurs des investisseurs en capital de risque», remarque Harold Gendron, coordonnateur de la veille et de l’information de marché chez Alliance numériQC, réseau d’affaires de l’industrie du multimédia et des contenus numériques interactifs du Québec.