Trouvez un article

Rechercher

Secteurs en vedette - Transport
Les couples de camionneurs

L’amour sur la banquette

Le camionnage est traditionnellement une affaire de gars. Cependant, il arrive que certains messieurs initient leur douce moitié à la mystique et à la mécanique du trucking. Quand la vie de couple est un voyage sur quatre essieux.

par Jean-Sébastien Marsan
Photo : Catherine Lefebvre


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 3 mars 2005


Jean-Guy Tessier et Annie Lauzon

Jean-Guy Tessier est trucker. Un vrai, au cœur tendre. Il y a deux ans, alors qu’il avait 40 ans, il a rencontré Annie Lauzon. Coup de foudre! Ils se sont mariés peu après, pour le meilleur, pour le pire et pour le camionnage.

Ce n’est qu’après le mariage qu’il lui a fait la grande demande. «Je lui ai offert de travailler avec moi pour qu’on soit tout le temps ensemble et pour qu’on voyage, raconte Jean-Guy Tessier. Elle a dit oui!» Annie a donc suivi sa formation en conduite de camion au Centre de formation en équipement lourd (CFEL) à Saint-Jérôme, où elle a appris les rudiments de la conduite de mastodonte. «Aujourd’hui, ce n’est pas compliqué : on est ensemble 24 heures sur 24», exprime avec fierté Jean-Guy.

Pub.

Depuis juillet dernier, ce couple de Saint-Colomban, près de Saint-Jérôme, travaille pour un sous-traitant de Robert Transport, une entreprise québécoise de transport général basée à Boucherville. Trois fois par mois, Jean-Guy et Annie se rendent en Californie avec une cargaison de fruits et légumes.

«Il faut deux jours et demi pour y aller, explique Jean-Guy Tessier. Là-bas, on fait plusieurs livraisons pendant une journée et demie. Puis, on prend un autre chargement et on revient au Québec. Pendant le voyage, on se relaie au volant. On roule sans arrêt, sauf le temps de mettre du fuel. Quand on ne conduit pas, on peut dormir sur la couchette dans le camion.»

En 2002 et 2003, Benoit Foucault et Claudine Garand, de Lavaltrie, transportaient des voitures à bord d’un camion spécialement adapté à cette fin, sur les routes du Québec et de l’Ontario. Une belle expérience... qui a duré presque neuf mois.

Car le jeune couple (respectivement 23 et 24 ans) a décidé, en mai 2003, de mettre fin à l’aventure et de prendre soin d’une maison acquise peu de temps avant d’avoir entrepris le camionnage en duo. «On a décidé de s’en occuper, de l’entretenir, raconte Benoit Foucault. Quand on travaillait en Ontario, on ne voyait plus la famille, les amis. On revenait de l’Ontario le samedi midi et on repartait le dimanche matin. On a donc décidé d’arrêter de travailler ensemble, mais rien ne dit qu’on ne recommencera pas.»

Aujourd’hui, Benoit est toujours conducteur, cette fois pour Transport Rosemont, à Montréal, une entreprise spécialisée dans le vrac : pierre, terre, sable, etc. Sa conjointe a pour sa part trouvé un emploi dans une usine.

En symbiose

Le nombre de couples au volant de mastodontes routiers est inconnu. Mais le phénomène ne passe pas pour autant inaperçu. «Il y a plusieurs couples au Centre, observe Mélanie Labelle, conseillère en formation et adjointe à la direction du CFEL. Souvent, c’est un camionneur d’expérience qui a suggéré à sa femme de suivre le cours pour qu’elle puisse l’aider dans son métier.

«Il y a de plus en plus de couples sur les routes parce que les gens se rendent compte qu’il n’y a pas que la maison et la famille. Ils veulent être ensemble mais voir autre chose que leur petit patelin, avance Mélanie Labelle. S’ils sont capables de s’endurer 24 heures sur 24, pourquoi pas?»

Outre une vie de couple très intense, les camionneurs amoureux réalisent d’intéressants gains financiers, car ils cumulent deux paies sans devoir assumer de dépenses supplémentaires. Ils peuvent aussi rouler plus longtemps sans contrevenir à la réglementation fédérale sur le camionnage, qui impose des journées de 15 heures : 13 heures sur la route et 2 heures en service, c’est-à-dire en disponibilité (voir le texte Conflits d’horaires). Ils peuvent donc faire davantage de livraisons, et ainsi presque doubler les revenus. C’est d’autant plus intéressant lorsque le camionneur est propriétaire de son véhicule, qui est alors rentabilisé plus facilement.

«À deux, on n’est jamais over dans son temps, on a toujours du temps libre pour rouler, explique Benoit Foucault. Et quand l’un est fatigué, l’autre peut prendre la relève.»

Lorsqu’ils avalent les kilomètres sur les autoroutes du continent, les routiers n’ont pas le sentiment de bosser, mais bien de voyager. Leur labeur est ailleurs...

La clé du succès : complicité et complémentarité des deux partenaires. Benoit, par exemple, confiait la paperasse à sa compagne. «Moi, les papiers, je n’aime pas ça, je ne suis pas très à l’ordre... Elle mettait de l’ordre là-dedans. On se complétait bien.»

«Avant qu’Annie ait son permis de conduire, j’ai fait des voyages avec d’autres conducteurs, mais ça ne fonctionnait pas, se remémore Jean-Guy. Tu veux arrêter pour prendre une douche, l’autre veut pas... Tu veux manger dans le camion, l’autre veut aller au restaurant... Ça devenait contraignant.

«Dans un camion, il faut avoir les mêmes habitudes, les mêmes idées, il faut penser pareil, poursuit-il. Autrement, c’est sûr que ça va accrocher. On vit dans une “boîte” toute la journée, on n’a pas d’espace, on ne peut pas se sauver. Si on veut bouder, on n’a pas loin où aller!»

Il doit bien exister des désavantages au travail en couple, non? «Je ne vois que des avantages, répond Jean-Guy. On s’entend tellement bien, dit-il. Depuis qu’on fait du camionnage, on ne s’est jamais chicané.»


guide de survie


Aimeriez-vous travailler moins?










Résultats