Voyager en «première», dormir dans un cinq étoiles et manger aux meilleures tables ne sont plus que de doux souvenirs pour la plupart des voyageurs d’affaires. Aujourd’hui, les entreprises coupent dans le gras. Une saine gestion, estiment ceux qui vivent dans leurs valises, mais il y a des limites à serrer la vis!

Voyager de Montréal à Hong Kong coincé comme une sardine en classe économique, ne pas dormir pendant 24 heures et devoir offrir un visage radieux à son partenaire d’affaires chinois une fois à destination, cela relève de l’exploit.
Une prouesse que Marc (nom fictif) a dû réaliser l’an dernier, deux fois plutôt qu’une. «L’expérience a été traumatisante!» raconte cet ingénieur qui œuvre dans le secteur manufacturier. Il estime que son entreprise aurait pu au moins lui offrir un billet en classe affaires pour la Chine. «Les conditions de voyage étaient terribles. J’ai été malade à mon retour tellement j’étais fatigué. Je n’étais plus capable de fonctionner!»
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Les déboires de Marc sont un exemple extrême d’une tendance qui prend de l’ampleur dans les entreprises depuis environ cinq ans : fini le glamour , bonjour les aubaines. On coupe dans tout. Et tant mieux si l’on peut même éviter de faire le voyage.
«Les entreprises organisent moins de déplacements, selon les données de Statistique Canada», explique Paul Arseneault, directeur du Réseau de veille de tourisme de la Chaire de tourisme de l’Université du Québec à Montréal. «En 2004, il y a eu 9 millions de voyages d’au moins une nuitée pour affaires et congrès, tandis qu’il y en avait eu 10 millions en 2002.»
Cela dit, même si les chiffres de Statistique Canada pour 2005 n’étaient pas encore disponibles au moment de la publication, tout indique que le nombre de voyages d’affaires va en croissant. Par exemple, BTI Canada – une agence spécialisée dans la gestion des voyages d’affaires – a constaté une hausse de 24 % de la vente des billets d’avion en 2005. Aussi, selon un sondage de la Canadian Alliance of Business Travel (CAOBT), 59 % des 18 entreprises interrogées planifiaient plus de voyages en 2006.
«Après les attentats du 11 septembre, bon nombre de compagnies ont choisi de remplacer les voyages par la vidéoconférence, observe Michael Richardson, président de BTI Canada. Mais aujourd’hui, le paysage change à nouveau […]. L’économie se raffermit de jour en jour, et les gens reprennent une certaine confiance au sujet des voyages. Ils réalisent qu’il y a des avantages à se rencontrer en personne.»
Parions aussi qu’avec le nombre grandissant d’entreprises qui s’éparpillent aux quatre coins de la planète – l’usine en Chine ou en Inde, le siège social à Denver, les bureaux dans toute l’Amérique –, les déplacements pourraient se multiplier au cours des prochaines années.
Austérité au menu
Néanmoins, les allocations de repas, les frais de transport, d’hébergement et de représentation sont soumis à un important régime minceur. «Il y a 10 ans, le voyage d’affaires, c’était chic, remarque Paul Arseneault. Aujourd’hui, il s’agit d’un acte banalisé qui a perdu de son lustre. Pour les entreprises, Québec ou Paris, c’est un déplacement, point. Alors maintenant, on ne se vante plus de voyager en première classe et de dormir dans un palace, mais d’avoir trouvé les meilleurs prix en faisant jouer ses contacts ou en fouillant dans Internet. Dégoter un Montréal-Paris à 700 $ en classe affaires, c’est très glamour!»
La course aux aubaines est particulièrement marquée du côté du transport aérien. Luigi Santoro, vice-président exécutif de l’agence Groupe Voyages Vision 2000, confirme que les entreprises se ruent désormais sur les billets d’avion en classe économique et sur les transporteurs à rabais (CanJet, WestJet). «La valeur moyenne de nos transactions pour l’achat de billets d’avion baisse depuis deux ans. Il y a quelques années, personne ne se plaignait d’un vol Montréal-Toronto à 750 $. Le voyageur rentrait chez lui quand il voulait, peu importe le prix. Maintenant, son patron lui tape sur les doigts s’il ne privilégie pas le vol le moins cher.»
Une étude commandée par la CAOBT en 2005 révèle que la majorité des compagnies interrogées paient entre 500 et 1 000 $ pour un vol au Canada ou aux États-Unis. Cette palette de prix raisonnables prouve que la classe affaires est majoritairement boudée.
En fait, les compagnies réservent souvent la classe affaires aux cadres de haut niveau; ou elles décident d’un minimum d’heures de vol à partir duquel l’employé qui doit voyager a droit à la coupe de champagne et au siège confortable.
Dormir sur ses deux oreilles
Pour ce qui est de l’hébergement, les organisations ne font plus de folies non plus. Toujours selon l’étude de la CAOBT, la plupart d’entre elles disent payer entre 100 et 150 $ pour une nuitée au Canada, et pas plus de 250 $ pour une nuitée aux États-Unis. Une échelle de prix qui correspond, grosso modo, à des hôtels de classe intermédiaire, de type Holiday Inn.
Alain Hamel n’y voit pas d’inconvénient. «Pourvu que la chambre soit propre et qu’il y ait des prises pour se connecter à l’ordinateur, où est le problème? Cela dit, le choix des hôtels peut être plus délicat pour les femmes. Je dis à celles qui font partie de mon équipe de choisir un endroit où elles se sentent en sécurité, peu importe le prix. Il y a tout de même des hôtels très sécuritaires et abordables. C’est surtout une question d’emplacement dans la ville.»