«Les Québécois ne sont ni plus ni moins innovants socialement que les autres, affirme Yvan Comeau, professeur à l’École de service social de l’Université Laval et directeur adjoint du Centre de recherche sur les innovations sociales. Chacun innove à sa façon, dans ses propres créneaux, et nous nous en inspirons. Le concept des cuisines collectives, par exemple, a été importé du Pérou. Tout comme nous exportons le concept des centres de la petite enfance. Tout n’est pas parfait : en ce qui a trait à la santé, aux formules d’hébergement pour les personnes âgées et aux transports en milieu urbain, il y aurait moyen d’être plus créatif.»
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Autres domaines de prédilection de notre créativité : les technologies de pointe, l’environnement, les biotechnologies et les nanotechnologies appliquées à l’avancement de la médecine. Parce que ce sont des domaines liés à l’affectif, selon l’historien des sciences Jacques Ruelland. «Tout ce qui concerne la vie et la lutte à la maladie touche très fort les Québécois. C’est un peuple émotif qui pense d’abord avec son cœur.»
Pour ce qui touche à la collaboration interuniversitaire, le Québec fait aussi figure de pionnier, remarque Gérard Bouchard. Aujourd’hui, les chercheurs unissent leurs forces et développent des leaderships qu’ils n’auraient pu acquérir s’ils avaient été isolés. On est peut-être conscient qu’il s’agit là de la seule façon, pour une petite nation aux moyens limités, de faire face à la concurrence des plus grands en matière de créativité.»
L’une d’elles concerne la difficulté de mettre en valeur l’imagination des chercheurs québécois. «C’est le maillon faible de la chaîne, soutient le ministre du Développement économique régional et de la Recherche, Claude Béchard. Les universitaires ont plein d’idées, mais elles se matérialisent trop rarement en réalisations commerciales. Pour une raison bien simple : les chercheurs ne sont pas des administrateurs, et vice versa.»
Le Québec accuse un certain retard en matière de développement de nouveaux produits et le gouvernement veut désormais favoriser un meilleur arrimage entre les universités et les entreprises.
Or, selon Hélène Tremblay, présidente du Conseil de la science et de la technologie, l’innovation est d’abord la responsabilité des individus. «Elle doit venir des citoyens. La clé pour promouvoir collectivement la créativité, c’est la formation. Il est impossible de penser que le personnel a, a priori, les compétences pour innover. Ce qui m’inquiète, c’est qu’au lieu d’augmenter, le taux de persévérance des jeunes au secondaire diminue. Le taux de diplomation est à 67 % au secondaire chez les moins de 20 ans, alors qu’on vise 85 %.»
Le système d’éducation québécois gagnerait en effet à promouvoir la créativité. Selon René Bernèche, les programmes pédagogiques ne mettent pas assez l’accent sur le potentiel créateur. «Nos objectifs de formation doivent laisser plus d’initiatives aux élèves. Il faut leur apprendre à penser par eux-mêmes, plutôt que d’attendre des solutions toutes faites.»
C’est aussi ce que soutient Marc Thouin, professeur de didactique des sciences à l’Université de Montréal, qui a développé une méthode incitant les enfants du primaire à faire preuve de créativité pour résoudre des problèmes. «Des études démontrent que les exercices pédagogiques qui freinent l’initiative des élèves sont moins efficaces. Apprendre par cœur ne donne rien, ils oublieront aussi vite.»
Les méthodes de diffusion de la matière préoccupent le Conseil supérieur de l’éducation, qui prépare un rapport sur les pratiques innovantes des enseignants. «La réforme en cours dans nos écoles primaires et secondaires vise précisément à mettre fin au bourrage de crâne», signale Jean-Pierre Proulx, président.
À son avis, les Québécois ont besoin de leur Hubert Marcuse, philosophe et maître à penser américain, et de leur Marshall McLuhan, sociologue révolutionnaire du Canada anglais. «J’ai confiance que d’ici à une génération ou deux, on utilisera notre créativité pour nous redéfinir. Pour le moment, on stagne. On est dans une période de transition, de flottement.»
Gérard Bouchard estime aussi que nos élites politiques n’arrivent pas à trouver le discours pour traduire nos aspirations. «On traverse une phase très singulière de notre histoire : on est en train de redéfinir nos mythes, ceux qui avaient porté le Québec contemporain de la Révolution tranquille jusqu’aux années 1990, comme la société laïque, l’américanité, la Québécitude, la réussite en affaires, des mythes qui sont arrivés en bout de course.»
Jean David, ancien pilier du Cirque du Soleil et auteur de l’essai Quel Cirque!, dans lequel il réfléchit notamment à la politique, aux médias et à l’éducation, propose une solution originale pour donner au Québec un nouveau souffle. «Notre société n’a pas de plan de match. Et il ne faut pas compter sur nos gouvernements contrôlés par les lobbys pour se redonner une vision. C’est pourquoi je propose de faire un brainstorming national, où chaque citoyen sera appelé à exprimer, par écrit, ses inquiétudes, ses valeurs et ses souhaits pour l’avenir. Ensuite, on compilera les réponses et nous les présenterons sur la place publique. Notre collectivité doit reprendre la parole.»
Quels résultats ce grand remue-méninges pourrait-il donner? Personne n’en a la moindre idée!
- Martin Boileau
- Françoise David
- Jérôme Minière
- Christiane Ayotte
- Les Moquettes Coquettes
- La créativité, comment ça marche?