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Tendances
Refuser une promotion

Devenir boss? PAS QUESTION!

Ils ont tourné le dos aux primes alléchantes, au pouvoir et au prestige social. Ces jeunes travailleurs ont pourtant tout ce qu’il faut pour monter très haut. Mais passer douze heures par jour au bureau? Pas question! L’ambition professionnelle est-elle démodée?

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 4 avril 2005


C’est un désaccord avec son patron qui a fait déborder le vase, il y a cinq ans. Gérant des représentants dans une entreprise pharmaceutique, Martin Raymond, la jeune trentaine, MBA en poche, visait les hautes sphères du pouvoir. Convaincus de son talent, ses supérieurs l’encourageaient à gravir les marches deux par deux.

Un jour, Martin est convoqué à une réunion dans les Maritimes. La session de travail commence lundi, mais les employés sont tenus d’arriver à l’hôtel la veille. Papa depuis quelques jours, Martin demande à son patron la permission d’arriver lundi, question de soutenir son épouse éreintée. «J’ai négocié pendant une heure et demie, pour finalement être obligé de prendre l’avion dimanche, raconte-t-il. En tant que nouveau gérant, me disait mon patron, je devais être présent dès le départ pour favoriser l’esprit d’équipe… À partir de cet incident, j’ai commencé à me détacher. Au sommet de mon échelle de valeurs, il y a désormais ma famille. Depuis, j’ai refusé plusieurs promotions et je ne veux pas de responsabilités supplémentaires.»

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Des jeunes qui choisissent de mettre un frein à leur ascension professionnelle, Diane-Gabrielle Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l’économie du savoir à la Téluq, en a croisé plus d’un en menant ses recherches. En 2003, elle a réalisé une enquête auprès de 1 000 travailleurs québécois issus de secteurs variés, la plupart dans la trentaine. «Les résultats indiquent que 28 % des femmes et 18 % des hommes disent avoir déjà refusé des mandats spéciaux (devenir chef d’équipe, par exemple) pour des raisons personnelles et familiales, soutient la chercheuse. Par ailleurs, 12 % des femmes et 10 % des hommes affirment avoir déjà carrément refusé une promotion officielle.»

Pierre Gauthier, psychologue organisationnel et président de la Société Pierre-Boucher, une firme de psychologie industrielle, observe aussi ce phénomène depuis plusieurs années. «Environ la moitié de notre clientèle est formée de jeunes cadres dont il faut évaluer le potentiel [pour le compte des entreprises] en vue de la relève pour des postes de direction. Or, bon nombre d’entre eux nous disent : “Moi, je n’ai pas d’objection à devenir vice-président, mais à 17 h, je ramasse mes petits!” C’est presque devenu un cliché…»

L’ambition est-elle out?

Mais où diable sont allés ces jeunes loups prêts à casser la baraque pour devenir calife à la place du calife? Doit-on conclure que l’ambition n’a plus la cote auprès de la nouvelle génération?

D’aucune façon, répondent les spécialistes. «Les jeunes sont tout à fait prêts à prendre des postes de gestion et à s’investir, insiste Pierre Gauthier. Ils sont dévoués, productifs et efficaces. Mais pour plusieurs, l’ambition professionnelle est inhibée par des conditions de travail qui ne correspondent pas à leur philosophie.»

«Désormais, la trajectoire professionnelle s’établit en fonction de nos besoins personnels. Parfois on monte, tantôt on descend, et parfois on reste à la même place.»
— Charles-Henri Amherdt,
Chercheur à l’Université de Sherbrooke et Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur l’éducation et la vie au travail

Charles-Henri Amherdt est chercheur à l’Université de Sherbrooke et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur l’éducation et la vie au travail. Selon lui, «le problème actuel dans les entreprises, c’est que les baby-boomers essaient de séduire la nouvelle génération en se basant sur leurs propres valeurs.

Pour eux, les promotions sont associées à des symboles positifs : argent, prestige et statut social. Monter en grade, c’est la récompense suprême qu’on ne peut refuser — même si le poste ne nous convient pas. Or, les jeunes n’y croient plus : ils ont vu leurs parents faire des burnouts, perdre leur emploi et traverser des divorces déchirants. Alors, pas question de troquer la qualité de vie et la famille contre quelques milliers de dollars de plus.»

Conséquence : le fossé des préjugés entre les deux générations se creuse au travail. C’est du moins ce que constate le psychologue Pierre Gauthier, qui donne des conférences dans les entreprises sur la cohabitation intergénérationnelle. «Les baby-boomers trouvent les jeunes peu endurants, trop familiers, mal habillés, agités, attirés par la facilité et chialeux. Mais malgré tout, il y a une réelle volonté de se comprendre. De toute façon, face à la pénurie de main-d’œuvre, les compagnies n’auront pas le choix de changer radicalement leur approche s’ils veulent garder leurs leaders. Très bientôt, ce sont les jeunes qui tiendront le gros bout du bâton.»

Car il faut dire que lorsqu’elle n’est pas satisfaite, cette nouvelle génération prend la poudre d’escampette en moins de deux. Judith, 31 ans, conseillère en ressources humaines pour le réseau public, n’a pas hésité à plier bagage lorsque sa colérique patronne a dépassé les bornes. Épuisée de faire 60 heures par semaine depuis deux ans et demi sans pouvoir prendre de vacances, elle a renoncé à un gros salaire et à des mandats prestigieux pour commencer un doctorat en communication.


guide de survie


Si vous gaffiez devant vos collègues et patrons, comment réagiriez-vous?








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