Il y a quelques années, les réunions d’affaires dans un environnement champêtre étaient surtout réservées à des dirigeants ou des politiciens. Aujourd’hui, plusieurs entreprises trouvent avantage à sortir aussi leurs employés du bureau.

En mars 2003, Mario Courville et une trentaine de ses collègues dégustaient un bon repas bien arrosé au pied des pentes de ski à Sainte-Adèle. Normal : ils étaient en pleine réunion!
Un nombre croissant d’entreprises tiennent des réunions à la campagne, loin des bureaux à cloisons. Une excellente façon de se concentrer sur un sujet précis sans être dérangé par les activités courantes et être ainsi plus productif, selon Mario Courville, conseiller en projets spéciaux à la direction Immobilier d’Hydro-Québec. «L’exercice est valable et donne de bons résultats tant que l’on s’en tient aux objectifs de départ. Il ne faut pas entrer dans l’analyse de cas particuliers à un service, par exemple, car cela peut entraîner des dérapages.»
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Ces réunions, qui durent généralement deux jours, peuvent prendre plusieurs formes. Les réunions de planification stratégique (genre lac-à-l’épaule, voir encadré) sont certes les plus populaires. Elles visent souvent à développer une vision pour l’organisation ou à réorienter la mission de celle-ci. L’environnement bucolique se prête aussi fort bien aux séminaires de formation, aux réunions annuelles d’information et aux tempêtes d’idées.
Bruno Cordellier, délégué commercial pour le service corporatif d’Hôtellerie champêtre, une association regroupant 22 auberges et hôtels dans 12 régions du Québec qui offrent des forfaits Affaires, constate l’ampleur de cette tendance depuis quelques années. La formule des réunions champêtres plaît de plus en plus aux entreprises, dit-il, qui y voient une façon de survolter les troupes. Les employés soumis à une obligation de résultat sont particulièrement visés : planificateurs financiers, équipes de vente, préposés au service à la clientèle, etc. Ces escapades professionnelles s’adressent aussi aux salariés qui doivent mettre régulièrement leurs connaissances à jour : médecins, comptables, ingénieurs, techniciens en informatique, etc.
«Dans la vente, cela se voit plus couramment», confirme Annie Cloutier, consultante en développement organisationnel. Certaines catégories d’employés y participeraient cependant rarement. «On y voit peu d’employés de soutien, par exemple, car leur absence du bureau gênerait son fonctionnement.» En fait, cette formule serait encore surtout populaire auprès des cadres.
Au premier rang des priorités : la gastronomie. Elle est à ce point importante aux yeux des patrons «que les entreprises, pour réduire les coûts de leur séjour, préféreront laisser tomber la pause santé plutôt que le repas de cinq services», affirme Bruno Cordellier. D’ailleurs, parmi les critères pour devenir membre du réseau de l’Hôtellerie champêtre, les établissements doivent proposer une cuisine gastronomique utilisant les produits du terroir. Les deux autres critères sont l’hébergement de qualité et l’offre d’activités extérieures ou intérieures.
Même si la croisière s’amuse, elle ne chôme pas pour autant. Les réunions champêtres peuvent être assez intensives, remarque d’ailleurs Mario Courville.
Lors de la dernière réunion à laquelle il a assisté, à l’hôtel Le Chanteclerc, à Sainte-Adèle, les temps libres étaient rares. «Il y avait quelques pauses et une activité brise-glace d’une heure – une chasse au trésor – afin de permettre aux participants d’apprendre à mieux se connaître, dit-il. Le reste du temps, les participants devaient se concentrer pour bien assimiler les informations données par un chargé de projet d’Hydro-Québec.»
Selon lui, ces réunions laissent peu de temps pour le «social»… et encore moins pour les amourettes de bureau! «À la fin de l’exercice, plusieurs personnes sont épuisées, car il s’agit de travail qui demande beaucoup de concentration», dit-il.