Gestionnaire de réseaux, analyste en gestion des ressources informationnelles, conseiller des relations avec le milieu : depuis l’explosion des titres d’emploi à cent piastres, même vos proches ont du mal à saisir à quoi vous pouvez bien occuper vos journées. Quarante heures hebdomadaires de mystère qu’ils ne peuvent élucider...

Scène classique. En plein souper de famille, future belle-maman lance la question d’usage : «Que fais-tu dans la vie?» Vous avez à peine amorcé une description de vos tâches que vous remarquez que tous, dulcinée incluse, vous ont abandonné en cours de route. En vous rabattant sur les petits pois, vous concluez intérieurement que votre poste de «conseiller en automatisme de produits» n’a rien de très sexy pour les non-initiés.
Pour plusieurs travailleurs dont le titre d’emploi ne tient pas en un mot, décrire ce qu’ils font dans la vie relève carrément de l’exploit. Une étude menée en 2000 par Office Angels, un important cabinet de recrutement britannique, le prouve : selon les résultats du sondage, deux travailleurs sur trois (63 %) estiment que leurs proches ignorent ce qui compose leur journée de travail. Ce sont principalement les parents qui ne comprennent pas vraiment notre boulot (72 %), suivis par les amis (61 %). Même les conjoints n’échappent pas au mystère : un répondant sur deux a avoué que sa douce moitié n’avait aucune idée des tâches qui lui incombaient, et ce, malgré des explications répétées! Et puisque leurs proches se font une idée erronée de leur emploi, plus du tiers des personnes interrogées hésitent à se confier à eux lorsqu’un problème surgit au travail.
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Selon Robert Gagnon, professeur au Département d’histoire de l’UQAM et membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, la surspécialisation du travail creuse des fossés d’incompréhension entre les individus. «Depuis environ 30 ans, le développement exponentiel des technologies a entraîné une diversification importante des emplois. Les postes dans les domaines des technologies de pointe et des télécommunications sont à présent hyperspécialisés... Il faut être initié au milieu ou suivre une formation pour y comprendre quelque chose!»
Plusieurs occupations traditionnelles — comme banquier, mécanicien, comptable — ont subi des transformations profondes depuis l’avènement de la technologie dans les milieux de travail, poursuit Robert Gagnon. La perception des métiers et professions est donc souvent désuète. «La révolution technologique des années 1980 a bouleversé tous les secteurs de travail et changé la nature de presque tous les emplois, explique le spécialiste. Ces derniers sont de plus en plus complexes et demandent une grande polyvalence. L’image qu’on s’en fait est souvent trop simple.»
Échanger sur les enjeux du travail à la maison ou avec nos intimes est nécessaire mais ne devrait pas devenir une prise de tête, soutient la psychologue montréalaise Joan Keefler. «Il est important, surtout chez les couples, de s’informer sur la vie au travail de l’autre puisque le degré de satisfaction au boulot influence directement la vie personnelle. Or, certaines informations “techniques” sont superflues. On veut savoir si le conjoint est heureux au travail, pas connaître le nombre de dossiers complétés!» L’attirance entre deux personnes va bien au-delà des choix de carrière, ajoute-t-elle.

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