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Tendances
Programmes de soutien aux employés

Jamais sans mon psy

Les psys ont du boulot. Avant d’être diagnostiqués pour quelque mal de l’âme que ce soit, de plus en plus de travailleurs s’étendent sur leur divan. Et c’est le patron qui paie!

par Ariane Gagné
Illustration : Florent Auguy, colagene.com


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007


Les chercheurs en santé mentale sont unanimes : ça ne va plus très bien dans la tête des travailleurs. Facilement stressés et irritables, les employés s’absentent davantage du travail ou tombent comme des mouches, victimes d’épuisement professionnel.

Le remède tout indiqué : la psychothérapie pour tous! Un soin de l’âme rendu accessible grâce aux programmes d’aide aux employés (PAE), soit des programmes de soutien psychologique dont les coûts sont assumés par les employeurs. Ces programmes visent à aider les employés à résoudre diverses difficultés pouvant avoir un impact sur leur rendement ou leur comportement au travail, de même que dans leur vie personnelle.

Bien que la majorité des experts œuvrant dans les PAE soient des psychologues, on y trouve également des travailleurs sociaux, des psychoéducateurs, des conseillers d’orientation et même des avocats. Selon Stéphane Beaulieu, secrétaire général de l’Ordre des psychologues du Québec, presque 50 % des psychologues qui travaillent en cabinet privé affirment œuvrer dans le cadre de PAE. Selon un article de L’actualité publié en 2001, 70 % des sociétés canadiennes seraient dotées de tels programmes.

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Deux grands fournisseurs de PAE agissent présentement au pays. En tête de liste, le Groupe Shepell, qui dessert 6 800 entreprises canadiennes. «Il y a trois ans, environ 6 % des travailleurs canadiens assurés par Shepell avaient recours à nos services. Aujourd’hui, ce chiffre a augmenté à 9 %», dit Caroline Codfi, directrice régionale du développement des affaires dans cette organisation.

Éveline Marcil-Denault est psychologue pour la firme Proact, le deuxième plus important fournisseur de PAE au Canada. Elle aussi soutient que les employés ont de plus en plus le réflexe de recourir aux PAE lorsqu’ils filent un mauvais coton. Et ce, au plaisir des patrons. «Pour chaque dollar investi en santé mentale, un employeur économise de 3 $ à 8 $ en frais médicaux et en absentéisme», affirme-t-elle.

Les spécialistes qui œuvrent dans un PAE se défendent bien de faire du prosélytisme professionnel. «Ce n’est pas nous qui avons inventé la mondialisation, les fusions, les réorganisations d’entreprises et la compétitivité. Nous ne faisons que répondre à un besoin. Quand on propose nos services, on nous rappelle immédiatement», souligne Éveline Marcil-Denault. Déterminé à l’avance par l’employeur, le nombre de séances varie entre 2 et 10 par employé, selon les PAE. Comme les consultations se déroulent généralement en dehors du lieu de travail, la confidentialité est assurée. Si le cas du patient est jugé complexe – s’il souffre de dépression ou de troubles anxieux importants, par exemple –, le psychothérapeute du PAE l’envoie alors vers un autre psychologue, en pratique privée ou dans le réseau public, pour un suivi à plus long terme. Mais l’employeur cesse de payer.

C’est que les PAE ne servent pas à «dézipper trop bas» le sac de problèmes des patients, illustre Éveline Marcil-Denault. «Les patients viennent souvent pour des motifs de stress ou d’anxiété, ou une décision difficile à prendre par rapport à la carrière», explique la psychologue. Quoi qu’il en soit, le traitement lié à un PAE se concentre toujours sur un problème assez bien circonscrit.

Des doutes

Certains psychologues et psychothérapeutes qui croient à la vertu des longues thérapies remettent en question l’efficacité de consultations effectuées dans le cadre d’un PAE. «Tant mieux pour les employeurs si les thérapies brèves fonctionnent un temps. Mais quand un patient arrive avec les bras chargés de problèmes et qu’il guérit miraculeusement, c’est une fuite devant la maladie», croit le psychanalyste Jacques Vigneault.

Charles-Henri Amherdt, professeur et chercheur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, estime que les thérapies des PAE visent surtout à rendre les travailleurs plus résistants au stress. «On adapte l’individu à l’entreprise, mais on ne fait pas vraiment de prévention.» Ainsi, on ne se pose pas de questions au sujet des véritables raisons pour lesquelles les salariés flanchent si fréquemment au travail : la pression indue, les réorganisations à répétition, etc. En d’autres mots, on personnalise des problèmes organisationnels.

«De plus, aujourd’hui, les compagnies d’assurance donnent plus ou moins trois mois à une personne pour se remettre d’une dépression, ajoute le psychanalyste Jacques Vigneault. Une thérapie est perçue comme la production d’une voiture : il ne faut pas y mettre trop de temps, ça coûte cher! Puis l’assureur et l’employeur souhaitent voir le travailleur recommencer à bosser le plus tôt possible, jusqu’à son prochain creux.»


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