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Les pères sont de plus en plus nombreux à prendre un congé parental. Et ils survivent… au grand soulagement des patrons, qui aiment bien les voir revenir.

Jean-François Dionne est papa à la maison. Du moins pour 25 semaines! «S’occuper des enfants, c’est un job à temps plein, dit l’homme de 42 ans. Aux femmes qui restent à la maison, je tire mon chapeau!»
À la naissance d’Alexis, en août 2006, Jean-François Dionne a pris un premier congé de paternité de trois semaines. Cet enseignant de mathématiques à l’École de la Baie- Saint-François, à Salaberry-de-Valleyfield, a ensuite repris la craie jusqu’à la fin du congé de maternité de sa conjointe. De nouveau en congé parental depuis février, il s’occupe de son fils de sept mois et de l’un des deux enfants de sa conjointe nés d’une précédente relation. «Ma copine est consultante, dit-il. Elle ne peut donc pas s’absenter trop longtemps du marché du travail.»
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Il tenait aussi à passer ces moments privilégiés avec son premier enfant. «Mon père est décédé quand j’avais huit ans, dit-il. Cette absence n’a pas toujours été facile durant mon enfance et mon adolescence.»
En 2006, quelque 35 000 pères québécois ont pris un congé de paternité (de 3 à 5 semaines) ou parental (peut être partagé entre la mère et le père et peut s’étirer jusqu’à 32 semaines), selon le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS). Environ 42 % des nouveaux pères québécois ont donc profité du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), qui en était à sa première année d’existence.
En 2005, sous l’ancien régime fédéral, à peine un père sur cinq, au Québec, a reçu des prestations parentales. Ce congé a duré en moyenne 12,2 semaines, selon le gouvernement canadien – le MESS ne détient pas de données équivalentes.
De plus, certains employeurs québécois bonifient le RQAP. L’Université Concordia, par exemple, verse une indemnité additionnelle qui comble la différence entre la prestation versée par le gouvernement québécois – de 55 % à 75 % – et 93 % du salaire de l’employé.
Tout de même, l’arrivée d’un enfant entraîne des coûts et les pères y pensent à deux fois avant de retourner à la maison. «Les études démontrent que les pères ne prennent pas de congé de paternité ou de congé parental si, durant cette période, le revenu de remplacement est insuffisant, indique Diane-Gabrielle Tremblay. Ils ont souvent un salaire plus élevé que leur conjointe.» Selon la spécialiste, des pères hésitent aussi à demander un tel congé de crainte d’être perçus négativement par leurs pairs ou leur patron. Ce ne fut pas le cas de Jean-François Dionne. «Mon entourage a trouvé que j’étais chanceux de pouvoir rester avec mon enfant. Mais de toute façon, je me fous de ce que les gens pensent!»
Reste que même dans les milieux «ouverts», les parents font parfois l’objet de pressions, croit Chantale, une travailleuse sociale qui œuvre dans un centre de santé et de services sociaux et qui préfère garder l’anonymat. Cette jeune mère a pris un congé parental d’un an en 2005. «Ma boss m’a récemment dit : “Tu fais ce que tu veux, mais on aimerait bien que tu continues tes contraceptifs!”. Elle a ajouté que les prochains candidats à l’embauche seraient des hommes ou des femmes de plus de 40 ans! C’étaient des blagues, mais cela veut tout dire…»
Lorsque sa fille est née, en décembre 2006, Jean-Thierry Popieul a pris un congé de paternité de cinq semaines, combiné à des vacances et à des journées sans solde. Au total, ce criminologue du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de Montréal est parti deux mois. Il n’a pas été remplacé. «Mes collègues ont reçu l’aide d’autres points de service du CAVAC, mais ils avaient la langue à terre lorsque je suis revenu. Malgré tout, j’ai été bien accueilli.»
D’après André Raymond, les congés parentaux ont moins d’impact dans les grandes organisations. «Les tâches peuvent être réparties entre plusieurs personnes ou les employés à temps partiel peuvent être appelés à travailler davantage.»