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Agriculture bio

Fermiers de famille

Alors que leur secteur traverse une crise grave, des agriculteurs québécois réussissent à survivre et à croître. Comment? En devenant fermiers de famille!

par Mélissa Vaillancourt
Photos : Vincenzo D'Alto


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007


Chaque nouveau lever de soleil, le Québec compte deux fermes de moins que la veille, selon la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ). C’est dire combien les agriculteurs québécois en arrachent depuis une dizaine d’années. La concurrence mondiale, la concentration de la production agricole, la hausse du dollar, alouette! forcent plusieurs agriculteurs à quitter leur terre et à défricher d’autres horizons.

Malgré tout, d’irréductibles Gaulois font fi des diktats du marché et font foisonner un nouveau type d’agriculture, soit l’Agriculture soutenue par la communauté (ASC). Mis sur pied en 1995 par Équiterre, l’organisation de promotion du commerce équitable, ce réseau permet aux fermiers certifiés biologiques de desservir directement les consommateurs.

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Souhaitant voir l’agriculture biologique occuper une plus grande place au cœur des campagnes québécoises, Équiterre aide ainsi des dizaines de fermiers à mettre leur récolte en marché avec une certaine garantie de revenu.

Le concept est simple : en payant à l’avance au printemps vingt paniers de récolte biologique, le partenaire-client reçoit par la suite chaque semaine, de juillet à octobre, un panier contenant de six à douze variétés de fruits et légumes frais à un point de chute déterminé. Le fermier, lui, récupère 100 % du montant versé par le consommateur, contrairement aux autres producteurs qui doivent partager leur profit avec des distributeurs et des détaillants.

En clair, c’est le concept du fermier de famille! Parfois aussi difficile à dénicher que le médecin, tant le succès de la formule est remarquable. «Chaque année, environ 15 nouvelles fermes et 500 nouvelles familles deviennent partenaires, indique Isabelle Joncas, chargée de projet ASC chez Équiterre. Dans certaines régions, la formule est si populaire qu’il y a des listes d’attente de familles qui souhaitent devenir partenaires d’une ferme.»

Cet été, presque 100 exploitations agricoles desserviront 8 700 familles – 26 000 citoyens – dans 13 régions du Québec.

Pour le fermier, cet engagement permet non seulement de planifier sa production à l’avance, mais il lui garantit aussi un revenu dès le printemps, période de l’année où de nombreuses dépenses sont nécessaires pour amorcer la saison (embauche de la main-d’œuvre, achat d’équipements et de semences).

«On peut acheter le nombre exact de semences dont on aura besoin. Avec le temps, on s’est aperçu que la demande était suffisamment forte pour produire plus et même ouvrir un petit marché durant l’été», raconte Reid Allaway, l’un des cinq propriétaires de la ferme coopérative Tourne-Sol, qui entame cet été sa troisième année dans le réseau d’ASC.

Sur une parcelle de 4,7 hectares de terre, où ils cultivent entre 40 et 50 sortes de légumes de 150 à 200 variétés différentes, ils ont lancé une petite production pour 110 familles dès la première année. «Cette année, nous avons 185 partenaires [clients/ familles] inscrits à 3 points de chute.»

«Ça sécurise beaucoup les agriculteurs de savoir qu’en produisant, par exemple, des paniers pour 100 familles qui paient chacune un abonnement saisonnier de 400 $, le revenu assuré sera de 40 000 $», ajoute Isabelle Joncas.

Au fil de la saison, le contenu des paniers varie : salades, carottes, radis, échalotes et tomates l’été; courges, pommes de terre, céleri-rave l’automne, entre autres. «Les légumes sont toujours très frais», affirme Sylvie Poulin, nutritionniste et fervente cliente du réseau d’ASC depuis trois ans. «J’ai découvert de nouveaux légumes que je ne connaissais pas, par exemple la fleur d’ail ou le pâtisson [une sorte de courge], que j’ai appris à apprêter grâce aux recettes que la ferme envoie par courriel chaque semaine.»

La revanche des petits

En 2005, les gouvernements provincial et fédéral ont versé en parts égales plus de 1,5 milliard de dollars en subventions aux producteurs agricoles. Malgré cette aide massive, près de 16 000 fermes ont disparu au Québec entre 1981 et 2001, selon Statistique Canada.

«Plus une ferme est grosse, plus l’aide gouvernementale qu’elle touche est importante», dénonce Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, un groupe opposé au monopole de l’Union des producteurs agricoles (UPA). «Inversement, les petites fermes reçoivent peu de soutien financier, car elles n’atteignent pas les minimums de production fixés pour les programmes d’aide gouvernementale.» Devant l’important fardeau financier que représente une exploitation agricole, les petits se découragent, vendent leur ferme ou l’abandonnent, carrément. Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, secrétaire à la FRAQ, constate que l’investissement nécessaire à la production est considérable. «Pour exercer leur profession, les agriculteurs ont besoin de cinq dollars d’actifs pour générer un dollar de revenu, comparativement à d’autres secteurs de l’économie où deux dollars d’actifs sont nécessaires.»


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