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Tendances

Fermiers de famille (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007


Parce que les investissements sont considérables et que le retour sur les investissements est souvent maigre, peu de jeunes s’intéressent à l’agriculture aujourd’hui. En 10 ans, le nombre de producteurs agricoles âgés de moins de 35 ans a chuté de moitié. Aujourd’hui, les jeunes représentent moins de 20 % des agriculteurs. «Le gouvernement doit trouver les moyens de soutenir davantage la relève», ajoute Jean-Philippe Deschênes-Gilbert.

Le réseau d’ASC est en quelque sorte une réponse à cette demande. Près de la moitié de la centaine d’agriculteurs formant le réseau d’ASC ont moins de 40 ans. «La formule est intéressante pour les jeunes parce qu’elle donne accès à un réseau de mise en marché sans devoir investir un ou deux millions de dollars dans une ferme beaucoup plus grosse», précise le secrétaire de la FRAQ.

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«Le plus grand service que l’on peut offrir aux petits fermiers est de mettre sur pied des réseaux de distribution pour créer des regroupements de volume, comme le permet l’initiative d’Équiterre», confirme Laurent Pellerin, président de l’UPA.

Avec la formule d’ASC, seuls quatre hectares sont nécessaires pour le démarrage d’une production rentable, qui pourra nourrir jusqu’à 210 familles. Aussi, les jeunes entrepreneurs sont encadrés et soutenus par le réseau. «Les fermes qui démarrent sont jumelées avec une ferme d’expérience qui les guide les premières années», explique Isabelle Joncas.

Campagne rentable

Acquise en 1985 par Jean Roussel, 64 ans, la ferme Cadet-Roussel située à Mont-Saint-Grégoire fut la pionnière du réseau d’ASC en 1995. Six ans après que la ferme a été certifiée biodynamique (certification à l’origine du biologique), Jean et sa conjointe, Madeleine, ont été pressentis par Équiterre pour mener le projet pilote qui aboutirait à la formule d’aujourd’hui.

«La première année, une vingtaine de partenaires-clients ont embarqué dans cette galère avec mon père», raconte sa fille Anne, revenue au bercail il y a quatre ans, notamment pour soutenir cette aventure familiale. «Chaque année, le nombre de clients a doublé, jusqu’à ce qu’on atteigne notre production maximale il y a trois ans. Aujourd’hui, on produit 350 paniers bios distribués dans huit points de chute. L’été, on est une quinzaine de personnes à travailler toute la journée aux champs.»

Au total, la production de la ferme permet de faire vivre trois familles. «Les employés et moi-même sommes au chômage trois ou quatre mois durant l’hiver», dit-elle. De mars à novembre, sept ou huit stagiaires s’ajoutent aux cinq employés saisonniers et aux partenaires-clients, qui doivent aussi fournir huit heures de travail au cours de la saison.

Selon une étude réalisée par Équiterre en 2006, les retombées directes du réseau d’ASC pour les communautés rurales sont estimées à 3,8 millions de dollars.

Les 70 hectares de culture de la ferme Cadet-Roussel sont consacrés aux céréales et aux légumes de serre et de champ. Les fruits comme les bleuets, les framboises et les pommes proviennent d’autres fermes biologiques avec lesquelles des échanges sont faits. Enfin, huit hectares sont consacrés au pâturage : une quinzaine de vaches, deux truies, un verrat, une dizaine de cochonnets, une vingtaine de poules, un parc de poulets et, en saison, quatre canards, un cheval, deux chèvres, quatre lapins, un chien et deux chats… mais pas de souris verte!

Selon Reid Allaway, de la coopérative Tourne-Sol, qu’il a fondée avec ses copains du collège agricole de l’Université McGill, l’un des grands avantages du réseau d’ASC est de pouvoir parler directement aux clients chaque semaine. «On recueille ainsi beaucoup de commentaires et on a la chance de leur expliquer les problèmes qui surviennent parfois en cours de production. Ça nous donne aussi l’occasion de nous adapter en fonction de leurs besoins», ajoute-t-il.

Par exemple, l’an dernier, la production de tomates de sa ferme a été grandement affectée par des maladies occasionnées par les pluies surabondantes. Contre mauvaise fortune, les clients ont dû faire bon cœur.

«Lorsque le client a la chance d’aller à la ferme qui l’approvisionne lors de visites organisées ou de travaux saisonniers, il constate l’ampleur du travail et des défis d’une production agricole, et devient beaucoup plus compréhensif», fait remarquer Isabelle Joncas.

C’est le petit côté solidaire du réseau d’ASC : le consommateur s’engage à partager avec l’agriculteur tant les risques que les bénéfices de mère Nature.


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