La génération Y arrive en masse sur le marché de l’emploi pour remplacer les baby-boomers qui partent à la retraite. Impatiente de gravir les échelons et exigeante quant à ses conditions de travail, elle bouscule les pratiques de gestion. Les entreprises sont-elles prêtes à lui faire une place?

Samuel, 24 ans, est un fier représentant des Y. Ce jeune diplômé en finances, qui préfère garder l’anonymat, est courtier en conformité des ventes dans une firme de courtage à Montréal. Pas question pour lui de poireauter longtemps dans son poste actuel. «D’ici à deux ans, je souhaite occuper un poste de direction au sein de l’entreprise. Je travaille fort, tout en suivant des cours de perfectionnement. Et j’ai établi des contacts avec des gens d’expérience dans l’entreprise pour m’aider à atteindre cet objectif.»
Les jeunes de la génération Y, celle des moins de 30 ans, ont la bougeotte, constate Sylvie Guerrero, professeure à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. «Ils ont grandi avec l’ordinateur, Internet et les nouvelles technologies», dit cette spécialiste qui mène des recherches sur la rétention des talents en entreprise. «C’est la génération du zapping. Ils recherchent la nouveauté. Ils veulent continuellement apprendre. Et ils aspirent à progresser très vite dans une entreprise.» Samuel, par exemple, se dit prêt à quitter son employeur dans deux ans si ce dernier ne lui offre pas les défis qu’il recherche.
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Les Y remettent aussi en question l’autorité, observe le psychologue organisationnel Alain Reid, vice-président et associé à la Société Pierre Boucher, une firme de consultants en ressources humaines. «Ils détestent la hiérarchie. Ils ont soif d’autonomie et cherchent à adoucir leurs liens avec le patron. Ce dernier est davantage vu comme un coach ou un mentor plutôt qu’un boss.»
Pourquoi donc? Essentiellement parce que ces enfants rois n’ont pas appris à respecter l’autorité, note le psychologue. Ils ont été moins supervisés par leurs parents, qui travaillaient beaucoup. «Comme ils sont plus scolarisés et informés que les générations précédentes, ils ont aiguisé leur esprit critique. Pas question pour eux d’être soumis à un patron.»
«S’ils ne sont pas d’accord avec une directive, ils le disent et suggèrent de nouvelles façons de faire», renchérit Alain Trépanier, directeur du développement organisationnel chez Drakkar, une entreprise spécialisée en recrutement et en gestion des ressources humaines. «Et s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils reviennent à la charge plusieurs fois.»
Il faut dire que son enfance l’a marqué. «Mon père, qui a immigré au Canada, était concierge, raconte-t-il. Il a travaillé de 90 à 110 heures par semaine pour lancer son entreprise d’entretien ménager. Il m’a avoué plus tard qu’il regrettait de n’avoir pu passer plus de temps à la maison.»
Plusieurs autres jeunes de la génération Y ont vu leurs parents se tuer à l’ouvrage, confirme Alain Reid. Pour obtenir quoi? «Certains ont divorcé. D’autres se sont fait montrer la porte par leur employeur après plusieurs années de service.» La loyauté des Y à l’égard des entreprises en a pris pour son rhume. «Ils ne s’attendent pas à un job à vie et ne garantissent pas de fidélité d’emploi», poursuit-il. Jean-Christophe Carvalho, par exemple, n’hésitera pas à aller cogner aux portes d’autres hôpitaux si son patron l’oblige à travailler comme un fou.
Mais attention : les attentes des Y ne sont pas différentes de celles des générations précédentes, nuance Sylvie Guerrero. «L’évolution des valeurs dans la société touche tous les travailleurs. Tous aspirent à un équilibre entre le travail et la vie privée et souhaitent apprendre et progresser dans leur carrière. Même les baby-boomers!» Mais pour la première fois, dit-elle, une génération ose dire tout haut ce que les précédentes ruminaient tout bas.