Q › Comment fait-on pour concilier les intérêts de l’entreprise avec ceux de la nature?
R › Généralement, ça tient à la culture du patron. Dans une entreprise comme la cimenterie française Lafarge, l’ancien patron (maintenant retraité, Bertrand Collomb, avait été saisi par la grâce écologique au sommet de Rio. Dans le domaine de l’écologie, il y a des convertis qui font des choses tout à fait remarquables. C’est ce qu’on appelle le fameux zèle des néophytes. Et je crois effectivement que Bertrand Collomb a entraîné l’entreprise Lafarge dans des actions très sympathiques et intéressantes en matière de développement durable, en s’engageant par exemple à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % en 2010 par rapport à 1990, ce qui montre qu’une multinationale aussi peut être efficace dans ce domaine.
Q › Comment peut-on parler de développement durable tout en poussant constamment les gens à consommer?
R › Tout ce qu’on a, Internet et les téléphones cellulaires, les ordinateurs portables, c’est très bien. Mais bon, il faut arrêter maintenant, ça va, ce n’est pas la peine de foutre son téléphone portable à la poubelle tous les ans pour avoir quelques services en plus. On en a assez, des services!
Il faut par contre utiliser ces technologies de la communication pour éviter des voyages en avion, ce qui génère des quantités énormes de gaz à effet de serre. Il faut qu’elles réduisent considérablement nos besoins en papier comme leurs concepteurs l’avaient promis… Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit. On s’aperçoit que ces technologies n’ont pas amélioré la communication entre les êtres humains. Il faudrait réfléchir à leurs possibilités pour humaniser la vie, alors que c’est l’inverse que l’on observe.
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Q › Diminuer notre consommation, ça signifie aussi risquer de voir le produit intérieur brut (PIB) chuter. Et, par le fait même, notre niveau de vie. N’est-ce pas inquiétant?
R › Pas du tout. Le PIB, c’est un mode de calcul qui est tout à fait discutable, même s’il est considéré comme un dogme dans le monde de l’économie. Mais celle-ci n’est pas une science exacte; elle est fondée sur des postulats, des actions qui ont été posées il y a quelque 200 ans, au début de l’ère industrielle. On peut envisager des évaluations très différentes, qui tiendraient compte, par exemple, de la manière dont on gère le patrimoine global, naturel et bâti, ce que ne fait pas le PIB. Il est aussi évalué selon des critères bizarres : les accidents de la route sont extrêmement profitables au PIB, parce que ça favorise la vente de voitures. Est-ce que ça prend vraiment beaucoup d’accidents de la route pour que le PIB se porte bien? Je pense
que c’est un indicateur qui doit être entièrement repensé, ce qu’on sera obligé de faire tôt ou tard.
Q › L’écologie et l’environnement sont des sujets extrêmement populaires actuellement. Vous n’avez pas peur que les gens s’en lassent?
R › Vous avez absolument raison. Nous vivons dans une ère de modes successives, mais malheureusement, ici, il ne peut être question d’une mode, il s’agit de la survie de l’humanité. C’est différent.
Je pense que nous devons avoir le souci de garder cette préoccupation au cœur de nos projets, de nos entreprises. Et d’avoir de la constance dans ce domaine, ce qui n’est pas la vertu première du monde médiatique dans lequel on vit. Mais je crois qu’il faut travailler dans cette direction-là, avec conscience, confiance et persévérance.