La retraite à 65 ans, mais pourquoi donc? Les recherches montrent que l’être humain peut travailler beaucoup plus longtemps. Au grand bonheur des gouvernements, qui comptent sur les retraités pour éviter la pénurie de main-d’œuvre.

Monique Jérôme-Forget, 67 ans, ministre des Finances du Québec. John McCain, 71 ans, sénateur et candidat à la présidence des États-Unis. Elizabeth Windsor, 82 ans, reine d’Angleterre et chef du Commonwealth.
Loin de parfaire leur jeu de bridge au club de l’âge d’or, ces «vieux» participent à l’avenir de leur nation. Ni leur énergie, ni leurs facultés cognitives ne leur font suffisamment défaut pour les astreindre à la seule danse en ligne. Les recherches des dix dernières années en physiologie et en neuroscience confirment que notre société moderne surestime les impacts du vieillissement sur le corps et le cerveau.
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Ces études prennent aujourd’hui toute leur pertinence. Pour pallier la pénurie de jeunes destinés au remplacement des futurs retraités, les gouvernements nord-américains tentent depuis peu de convaincre les baby-boomers de bosser le plus longtemps possible.
Ainsi, l’une après l’autre, les provinces canadiennes abolissent la retraite obligatoire à 65 ans. Le Québec (qui avait une longueur d’avance, ayant mis fin à cette obligation en 1983), a déposé en avril un projet de loi qui, s’il est adopté, bonifiera année après année la rente des travailleurs qui choisiront, de concert avec leur employeur, de prendre une retraite progressive, en travaillant par exemple trois jours par semaine au lieu de cinq. Ottawa a également annoncé des mesures fiscales qui permettront à certains employés de cumuler pension et salaire.
«Au début des années 1960, l’espérance de vie des hommes au Canada était de 68 ans, note Johanne Desrosiers, professeure à l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke. C’était normal de prendre sa retraite à 65 ans. Mais aujourd’hui, l’espérance de vie [pour les deux sexes confondus] dépasse 80 ans!»
Dans son laboratoire, cette ergothérapeute a soumis 360 cobayes en bonne santé, âgés de 60 à 90 ans, à une série d’épreuves physiques. Déplacer un à un de tout petits clous ou soulever des boîtes lourdes, par exemple. «Les participants ont réussi toutes les tâches, même les plus difficiles. Ce qui change, c’est la vitesse d’exécution.» Encore là, la perte de vitesse est plutôt minime dans la soixantaine. C’est seulement à partir de 80 ans qu’on enregistre une baisse importante des aptitudes physiques.
La professeure ne va pas jusqu’à encourager les septuagénaires à se lancer comme courriers à vélo ou négociateurs sur le parquet de la bourse. Elle estime tout de même qu’ils sont aptes à faire la majorité des boulots, dans la mesure où ils peuvent aller à leur rythme.
Une perspective qui réjouit Rodrigue Tremblay. Âgé de 75 ans, le fondateur et propriétaire du magasin de chaussures Rodrigue Le Bottier, à Chicoutimi, ne se sent pas freiné par le poids des années. Il déplace encore les caisses de chaussures dans l’arrière-boutique. Et les clients apprécient son œil expert. «Lorsque vient le temps de faire les commandes, en regardant la forme des chaussures, je sais lesquelles vont bien faire au pied de mes clients. Pour savoir quels styles sont à la mode toutefois, je me fie à mon fils Alain.»
C’est peut-être dans le domaine des sciences cognitives que les résultats de recherche sont les plus étonnants. Pour Elkhonon Goldberg, professeur à l’université de New York, le cerveau est comme une bonne bouteille de bordeaux. Dans la mesure où il est bien conservé, il se bonifie avec l’âge. «Chez les aînés en bonne santé, l’esprit révèle des ressources insoupçonnées», dit le neuropsychologue de 61 ans.
Certes, le volume du cerveau régresse de deux pour cent tous les dix ans à l’âge adulte. Le nombre de connexions entre les neurones diminue, de même que la densité des synapses (là où transitent les signaux chimiques entre les neurones). La circulation sanguine est moins vigoureuse et l’apport en oxygène moins abondant.