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Vieux, merci! (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 5 Mai 2008

Certains types d’attention faiblissent, comme l’attention divisée, qui permet d’avoir une conversation tout en conduisant sa voiture. Et certaines formes de mémoire fléchissent, dont la mémoire épisodique, qui permet de constituer de nouveaux souvenirs à partir d’événements. C’est grâce à elle qu’on se souvient de ce que l’on a mangé la veille.

Maintenant, les bonnes nouvelles. Une fois que les souvenirs sont inscrits de façon durable dans le cerveau, ils sont très peu vulnérables au vieillissement. C’est le cas des souvenirs «génériques». «Ces souvenirs ne sont pas associés à une chose ou un événement unique, explique Elkhonon Goldberg. Ils servent plutôt à repérer les propriétés communes d’une série de choses ou d’événements.»

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Lorsqu’on se retrouve devant un problème, c’est grâce aux souvenirs génériques qu’on arrive à se rappeler qu’on a déjà résolu un problème semblable et qu’on parvient à trouver une solution plus rapidement.

Au cours de leur vie, les individus se construisent une bibliothèque de souvenirs génériques dans laquelle ils peuvent piger librement. C’est pourquoi les personnes plus âgées arrivent souvent à résoudre des problèmes complexes avec des ressources cérébrales moindres.

«Plusieurs médecins, avocats ou ingénieurs ne perdent rien de leur savoir-faire en vieillissant et continuent d’exercer leur profession à un très haut niveau, même s’ils accusent de légères défaillances de la mémoire ou de l’attention», note le professeur Goldberg, auteur du livre Les prodiges du cerveau ou comment l’esprit se bonifie avec l’âge (Robert Laffont, 2007). Même les grands créateurs arrivent à tirer profit de leur bibliothèque personnelle.

Le neuropsychologue donne en exemple l’architecte Antonio Gaudí, qui était au sommet de son art et en pleine construction de la Sagrada Familia, à Barcelone, au moment de sa mort accidentelle, à l’âge de 74 ans.

Du point de vue évolutif, cet ennoblissement du cerveau a du sens. L’humain est l’une des rares espèces dont la durée de vie se prolonge bien au-delà de l’âge de la procréation. Pourquoi l’évolution aurait-elle permis d’étirer la vie d’individus qui n’apportent plus rien à la propagation de l’espèce? Réponse : les personnes âgées contribuent à sa survie autrement. Grâce à leurs compétences particulières, ils assurent le transfert du savoir à la génération suivante.

Pas tous égaux Avant de repousser l’âge officiel de la retraite à 80 ans, une mise en garde s’impose. Les travailleurs ne sont pas tous égaux devant la vieillesse. Sur le plan biologique d’abord. «Un intellectuel bien doté de 70 ans n’a rien à voir avec un ouvrier de manufacture de 70 ans. Ce ne sont pas les mêmes 70 ans», souligne Frédéric Lesemann, sociologue et professeur à l’INRS Urbanisation, Culture et Société. L’espérance de vie moyenne peut varier d’une bonne dizaine d’années, selon que l’on jouit d’un niveau d’éducation élevé ou non, que l’on vit dans un quartier pauvre ou aisé.

Sur le plan socioéconomique également. Les enquêtes menées par Frédéric Lesemann montrent que les trois quarts des travailleurs de plus de 60 ans ont besoin du revenu que leur procure leur labeur. Ils ne profitent pas d’une pension d’entreprise et n’ont pas mis suffisamment d’argent dans leur REER pour se payer une retraite dorée. Ils trouvent des boulots à temps partiel, souvent dans le secteur de la vente. Les anciens travailleurs de la construction donnent des conseils aux bricoleurs dans les quincailleries, par exemple.

Les enquêtes révèlent que même s’ils bossent par nécessité, les travailleurs âgés en tirent généralement beaucoup de satisfaction, dans la mesure où ils peuvent choisir leur horaire. Ils préfèrent aller au boulot que de s’asseoir devant la télé.

Le sociologue de 65 ans admet appartenir au quatrième quart des travailleurs âgés. «C’est la catégorie de ceux qui ont tout eu et qui en veulent encore plus. Moi par exemple, c’est la période la plus florissante de ma carrière. On reconnaît mon travail, on m’invite partout. Je garde mon salaire et je retarde le moment où je devrai encaisser ma pension, qui aura augmenté d’ici là. Pourquoi arrêter?»



Papy-boom

Le nombre d’emplois occupés par les 65 ans et plus a fait un bon de 135 % entre 2000 et 2007, alors que le nombre d’emplois total n’a augmenté que de 13 %.

Nombre d’emplois occupés par les 65 ans et plus au Québec

2000 27 600
2001 33 000
2002 38 100
2003 45 600
2004 49 600
2005 54 700
2006 59 000
2007 64 800

Source : Institut de la statistique du Québec.


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