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Réglée, la question des femmes dans les métiers non traditionnels? Ce n’est pas parce qu’on croise à l’occasion une policière ou une camionneuse que c’est le cas, loin de là!

22 août 1984. Le Tribunal canadien des droits de la personne oblige le CN à implanter le tout premier programme d’accès à l’égalité au pays. Pour avoir appliqué des pratiques d’embauche jugées discriminatoires envers les femmes, la compagnie ferroviaire est contrainte de recruter au moins une femme sur quatre employés dans des métiers non traditionnels, par exemple celui de préposée aux freins, jusqu’à l’atteinte de 13 % d’effectif féminin dans ce type d’emplois.
Vingt-quatre ans plus tard, c’est au tour de Gaz Métro d’être reconnue coupable de pratiques discriminatoires à l’embauche. À la suite d’un procès qui aura duré 12 ans, le Tribunal des droits de la personne du Québec a ordonné à l’entreprise de dédommager 7 candidates refusées au poste de préposée au réseau et d’appliquer un programme d’accès à l’égalité en vue d’embaucher 40 % de femmes dans ce type d’emploi. La compagnie, dirigée par Sophie Brochu, a décidé en décembre 2008 d’en appeler.
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La possibilité, pour les femmes, d’exercer des métiers massivement dominés par la testostérone demeure d’actualité en 2009.
Au Centre d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT), l’exaspération règne. L’organisme a entrepris en mars 2008 une vaste consultation provinciale afin de dresser un portrait de la situation et de lancer un plan d’action en 2010. «Il faut être forte pour intégrer et maintenir un emploi à prédominance masculine, déplore Marie-Claude Desjardins, coordonnatrice de la Stratégie d’action concertée du CIAFT. Celles qui réussissent ont une grande force de caractère et les obstacles rencontrés leur apparaissent quasiment normaux.»
Pour être considéré comme non traditionnel, un emploi doit être occupé à moins du tiers par des femmes. Et comme toute minorité, celles-ci peuvent éprouver des difficultés d’intégration. «Les débuts sont difficiles, prévient la soudeuse Isabelle Jacob. On se fait draguer par les collègues et notre travail est scruté à la loupe. Mais si on réussit à passer à travers, on devient solide et on gagne très bien notre vie.»
Car il y a certains détails qu’on n’enseigne pas à l’école des métiers. «La «Ginette Spraynet» ne pourra pas rester, illustre Isabelle Jacob avec humour. Elle va coucher avec un des gars de la place et sa carrière va s’arrêter là.»
Plus sérieusement, celle qui prépare un guide de survie pour la relève féminine prévient que, dans le domaine de la construction, la valeur d’un travailleur se mesure en heures supplémentaires. «À 55 heures, j’étais l’employée qui en faisait le moins.» Un pensez-y-bien pour les mères de famille.
Darline Raymond, sociologue et coordonnatrice d’Action travail des femmes, l’organisme à l’origine des plaintes à l’endroit du CN, est catégorique. «Il faut qu’on passe de l’égalité formelle à l’égalité réelle. En 1984, nous avions le défi de l’accès à l’emploi. Vingt-cinq ans plus tard, à ce défi s’ajoute celui de la rétention de la main-d’œuvre. Pour l’instant, les conditions nécessaires n’existent pas.»
Parmi celles qui ont le cran de s’aventurer dans les «métiers de gars», bon nombre finissent par réorienter leur carrière plutôt que d’endurer le harcèlement et le dénigrement.
Isabelle Marayana a quitté la profession de plombier. Elle en avait ras le bol d’être confinée à des tâches de préposée aux outils et d’être systématiquement écartée de l’ouvrage. «Il faut qu’on te donne la chance de travailler sur le terrain, autrement, c’est difficile d’améliorer tes performances.»