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Bars ouverts

Pour comprendre ce qu’est devenu le Québec, il y a des professionnels comme les historiens et les sociologues. Il y a aussi les barmans, les serveuses, les portiers et les DJ. Étude de mœurs, le coude levé!

par Patrick Bellerose • Coordination Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009


«Toucher n’est plus péché!» titrait victorieusement le Journal de Montréal à la une de son édition du 14 décembre 1999. La veille, la Cour suprême rendait légales les danses contacts dans les bars érotiques sous prétexte que les Canadiens, dans l’ensemble, n’y voyaient plus rien de criminellement indécent.

Malpropre, bas de gamme, dégradant pour la femme peut-être, mais certainement pas un cas pour la loi et l’ordre aux yeux d’une majorité de citoyens.

Les établissements de spectacles érotiques avaient été témoins de ce changement de mœurs dans la population depuis longtemps : ils offraient le sulfureux service spécialisé avec succès depuis une quinzaine d’années, quand le plus haut tribunal du pays s’est finalement penché sur le sujet.

Pub.

Les politiciens de la fin du XIXe siècle auraient eu aussi intérêt à écouter ce qui se passait entre deux bocks. Car c’est dans les tavernes de l’Amérique du Nord, notamment chez Joe Beef à Montréal (voir encadré), que la colère ouvrière a commencé à tonner, avant de se répandre en émeutes dans les rues du continent. L’héritage de ces piliers de bars profite encore aux masses prolétaires du XXIe siècle : la journée de travail de huit heures!

Autrement dit, pour bien mesurer la marche d’un peuple, le personnel des bars, clubs, discothèques, pubs, cafés, tavernes et autres débits de boissons est aux premières loges.

Vin de messe

Une place de choix qu’occupe Vic Vogel depuis 1947. Quand le jazzman montréalais a fait ses débuts au Cabaret Montmartre, des bus boys devaient escorter le jeune pianiste de sa loge à la scène. Il n’avait que 12 ans! «L’alcool était considéré comme un péché par l’Église, on devait s’assurer que je ne boive pas, se souvient-il. Mais les jolies danseuses en ligne venaient se changer dans ma loge, en sous-vêtements et en jarretelles, et ça ne dérangeait personne. Moi, j’en profitais pour regarder.»

En plein cœur de la Grande Noirceur, l’alcool avait mauvaise réputation dans une société officiellement pieuse. Pourtant, les boîtes de nuit florissaient à Montréal et ailleurs.

«Boire ensemble est un rituel social important», souligne Craig Heron, historien et auteur de Booze: a Distilled History. «De tout temps, les bars ont été des endroits centraux d’une communauté. À l’époque des colonisations, les tavernes étaient souvent parmi les premiers établissements à être construits, avant l’église.»

Chez Doudou Boicel, un Guyanais excentrique et polygame («cinq femmes et vingt enfants… que je connaisse») débarqué à Montréal un mois avant que n’éclate la crise d’octobre 1970, les Québécois francophones ont eu leurs premiers contacts avec la société multiculturelle naissante. «J’ai découvert un peuple très sympathique mais profondément frustré par sa situation», se souvient-il.

Sympathique, mais pas assez pour lui procurer du travail. «À l’époque, les Noirs sentaient qu’ils n’avaient pas leur place dans la communauté, raconte-t-il. C’était difficile d’obtenir un poste de serveur dans un restaurant.»

Il a donc créé son propre emploi en fondant le Rising Sun, rue Sainte-Catherine, près de la Place-des-Arts à Montréal. Une institution qui, de 1975 à 1990, a été la porte d’entrée en terre de Gilles Vigneault de ce qu’on appelle aujourd’hui le world beat. «Le Rising Sun, c’était une histoire de black brothers. Parfois, ces grands artistes venaient jouer chez moi à des tarifs dérisoires, juste pour aider un frère noir.» Parmi eux, B.B. King, James Cotton, John Lee Hooker et Big Mama Thornton. Rien que cela.


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Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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