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Tendances

Margaret Atwook au Magazine Jobboom (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009

Q › Croyez-vous que la pensée à court terme et le désir de gratification immédiate sont à blâmer pour la crise actuelle?
R ›
Bien sûr, mais l’être humain est programmé pour penser à court terme. Si nos ancêtres chasseurs-cueilleurs avaient fait des réserves comme des écureuils, ils n’auraient pas survécu. Si vous avez faim, que vous cueillez une pomme, et qu’ensuite vous gardez cette pomme pendant 50 ans sans y toucher, vous allez mourir. Ainsi, nous dépensons aujourd’hui sans trop penser à demain.

Nous sommes capables de réfléchir aux conséquences de nos actes sur l’avenir de nos enfants, mais ça devient moins clair lorsqu’on imagine la vie de nos petits-enfants. Ensuite, c’est l’inconnu : on ne sera plus de ce monde, on ne sait pas qui sera encore là. On mesure donc mal l’impact à long terme de nos dettes, qu’elles soient financières ou morales ou même la dette que nous contractons en exploitant à outrance les ressources de la Terre.

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Q › Dans votre ouvrage, vous comparez l’endettement au péché…
R ›
Une de mes amies a dit «Debt is the new fat». Après l’obésité (et avant elle la cigarette), l’endettement est devenu le nouveau péché moderne. Mais cette notion existe depuis très longtemps. Les lois qui l’encadrent remontent au Code d’Hammurabi (roi de Babylone mort vers 1750 avant Jésus-Christ), qui permettait de vendre femme et enfants comme esclaves pour rembourser une dette – ça se produit encore aujourd’hui en Inde. Le Deutéronome, le dernier livre de la Bible hébraïque, décrétait que les créanciers devaient effacer les dettes tous les sept ans – aujourd’hui, on parle d’effacer la dette des pays pauvres. Le caractère très ancien de l’endettement explique peut-être pourquoi les grandes religions lui ont emprunté son vocabulaire : «payer» pour ses péchés après la mort ou dans une vie future, par exemple.

Q › Y a-t-il de «bonnes» et de «mauvaises» dettes?
R ›
Si vous empruntez de l’argent pour le faire fructifier et que ça vous rapporte des profits, tant mieux. Ou encore si vous vous endettez pour obtenir un diplôme qui vous fera monter dans l’échelle sociale et gagner suffisamment d’argent pour rembourser vos créanciers, on peut considérer cela comme une «bonne» dette. Une «mauvaise» dette est celle que vous ne pouvez pas rembourser et qui nuit à d’autres personnes qui ne pourront pas, à leur tour, rembourser leurs emprunts.

Q › Il y a plusieurs types de dettes. Il y a les dettes financières, mais aussi les dettes écologiques. Ainsi, nous consommons les ressources plus vite que la nature peut les renouveler. Croyez-vous que nous pourrons rembourser cette dette?
R ›
Nous n’aurons pas le choix de changer nos comportements. Si vous ne faites pas attention à la terre d’où provient votre nourriture, un beau jour vous allez vous retrouver sans rien à manger. Soit nous décidons de nous en occuper, soit la nature s’en chargera et les solutions qu’elle impose sont souvent radicales. Nous devons absolument trouver de nouvelles façons de calculer le coût réel de notre consommation de ressources pour ne pas transmettre une dette écologique aux générations suivantes. Nous avons pris l’habitude de gaspiller mais ce n’est qu’une habitude, justement.

Q › Aviez-vous pressenti la crise financière avant de vous lancer dans la rédaction de Comptes et légendes?
R ›
J’avais choisi le sujet de l’endettement trois ans avant la crise financière alors que le marché boursier et l’immobilier se portaient à merveille. Mais je voyais les États-Unis emprunter des sommes colossales pour financer la guerre en Irak et, au quotidien, je tombais souvent sur des pubs du genre «Libérez-vous de vos dettes!» dans le métro et ailleurs. Avec le recul, on pourrait dire que c’étaient des indices de la crise qui s’en venait.

Je ne voulais pas écrire un bouquin sur l’économie, mais bien sur le comportement humain face à l’endettement, c’est-à-dire la recherche d’équilibre et de justice entre ce que l’on doit aux autres et ce que les autres nous doivent. Quand le livre est enfin sorti, le sujet était éminemment d’actualité.

Payback: Debt and the Shadow Side of Wealth, House of Anansi Press, Toronto, 2008, 280 p.
Traduction française : Comptes et légendes. La dette et la face cachée de la richesse, Éditions du Boréal, Montréal, 2009, 208 p.


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