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Tendances

Bars ouverts (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009


Lui, par contre, n’hésitait pas à embaucher des Blancs. Enfin, des Blanches. «Surtout des jeunes étudiantes de McGill, confie-t-il en souriant. Les belles filles, c’est le seul moyen pour faire fonctionner un bar.» D’autant plus que sa clientèle était essentiellement blanche. «Le jazz attirait à cette époque l’élite de la société : des anglophones, des juifs, etc. Les francophones, eux, venaient surtout écouter du blues

Santé!

Il n’y a pas que les communautés culturelles qui trouvent dans les établissements «licenciés» de quoi se nourrir. Les musiciens aussi. Dans les années 1960, Vic Vogel dirigeait le big band de Chez Parée, avant que l’endroit ne devienne un club d’effeuilleuses. «Nous avions des emplois steady et un musicien pouvait travailler tous les jours s’il le voulait, raconte-t-il. Nous étions bien payés.»

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Depuis cette époque, les musiciens de bars ont vu leur milieu se professionnaliser. Là comme ailleurs, la syndicalisation qu’a connue le Québec aurait dû apporter une garantie de prospérité.

La Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, reconnue officiellement comme syndicat en 1988 sous la tutelle de la Loi sur le statut de l’artiste, n’a cependant pu contrer la précarisation économique qui sévit dans l’industrie des bars depuis 20 ans. «Aujourd’hui, je vois les jeunes passer le chapeau, se désole Vic Vogel, et travailler sans aucune sécurité d’emploi. Je trouve ça triste.»

«Les bars ont cessé de payer des cachets aux musiciens, explique Luc Fortin, président de la Guilde. Ceux-ci ont dû commencer à faire leur argent avec les prix d’entrée et à assurer leur propre promotion.»

Pourtant, les boîtes de nuit continuent d’être les lieux par excellence pour entendre les talents musicaux d’aujourd’hui et de demain. Ceux qui veulent y gagner leur croûte ont cependant intérêt à savoir jouer du coude autant que de la guitare. «Ils sont plus nombreux qu’avant et la qualité demeure aussi bonne. La concurrence est forte», souligne André Martineau, fondateur du Quai des brumes, à Montréal, où des groupes comme Les Frères à Ch’val et Les Colocs ont fait leurs débuts.

Ainsi, les musiciens de bars ont été parmi les premières victimes de l’évolution des rapports entre les Québécois et l’alcool. Conduire avec la «grosse» entre les cuisses est devenu dans les années 1980 un acte répréhensible aux yeux de la population. L’État a fait le last call de la griserie derrière le volant. «Les lois plus sévères sur l’alcool au volant ont fait diminuer les revenus des bars, qui ne peuvent plus payer leurs musiciens», reconnaît Luc Fortin.

Au même moment, les Québécois se sont mis à se passionner pour leur santé. Résultat : consommation d’alcool modérée et exit la boucane. «Les gens boivent plus souvent qu’avant, mais de moins grandes quantités à la fois», avance Andrée Demers, directrice du Département de sociologie à l’Université de Montréal et spécialiste des questions d’alcool. «Les 50 ans et plus, en particulier, boivent davantage que la génération précédente.»

«L’alcool et la cigarette, ça va ensemble, proteste Ronald Casavant, barman depuis 45 ans [voir Le dernier des taverniers]. Quand le gouvernement a interdit de fumer dans les bars, y a beaucoup de monde qui est parti et qui n’est jamais revenu.»

Où est allé tout ce monde? À la maison, où télévision par satellite, Internet, vidéo sur demande et écran plasma les attendent. «L’offre grandissante du divertissement fait que les gens ont moins d’argent à investir dans un petit concert en bar», poursuit le président de la Guilde.

«La loi sur l’alcool au volant heurte particulièrement les bars ruraux, où on trouve peu de services de raccompagnement», souligne Renaud Poulin, président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec.


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