Trouvez un article

Rechercher

Tendances

Bars ouverts (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009

Dégénération

Pour les bars de campagne justement, l’Histoire avance trop vite. Ils sont disparus d’un grand nombre de villages québécois, liquidés par le village global.

Dans certaines petites villes, comme Saint-Hyacinthe, la menace de fermeture plane sur près de la moitié des bars, victimes notamment de l’exode des jeunes vers les grandes villes. Une étude de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS Urbanisation, Culture et Société), réalisée en 2003, montre que 92 % des jeunes ruraux d’aujourd’hui ont quitté, ou ont eu à quitter quelque temps leur campagne pour les études et la carrière.

Pub.

La disparition des bars ruraux, dont les jeunes sont le pain et le beurre, affecte la cohésion des villages. «Les bars, ce sont un peu les parvis d’église de notre époque, l’endroit où les gens se rencontrent pour échanger de l’information», souligne Sylvie Bellerose, conseillère en développement stratégique des territoires pour l’organisme Solidarité rurale.

Si les débits de boissons traditionnels sont souvent délaissés, Sylvie Bellerose observe la création de nombreux petits centres culturels qui prennent le relais en tant que lieux de rencontre. Ceux-ci sont souvent des organismes sans but lucratif (OSBL) qui présentent des spectacles ou des expositions. «On y sert de l’alcool et de la nourriture pour financer l’endroit, souvent en faisant la promotion des produits locaux», souligne la conseillère. Elle donne en exemple le Brin de vie, un centre culturel situé à Saint-Adrien, en Estrie. Le centre communautaire accueille des groupes de la région ou d’ailleurs et propose aux habitués la bière d’Ham, brassée tout près à Saint-Joseph-de-Ham-Sud.

Sauf que les petits OSBL ne sont pas de taille contre l’attrait des clubs hype et des grands bars-spectacles de Montréal ou de Québec. Si la population vieillissante des régions est rebutée par l’interdiction de fumer et les lois sur l’alcool au volant, les jeunes ne s’empêcheront pas de sortir pour autant.

«Même s’ils doivent fumer dehors à moins 40 degrés Celsius, les jeunes veulent encore socialiser et flirter», assure Éric Lefrançois, copropriétaire du Diable Vert, de l’Edgar Hypertaverne et de la Taverne Normand, trois établissements de Montréal.

Mais pour les attirer à l’ère de Twitter et de Facebook, il faut plus qu’un néon Budweiser. «Je demande à mes employés de remplir des guest lists [NDLR : qui permettent aux «amis» d’entrer gratuitement], d’être sympathiques, de sourire», explique Éric Lefrançois. De plus, il a embauché un promoteur qui crée des soirées thématiques afin d’attirer les fêtards.

Ladies’ nights

Un des phénomènes qui ont le plus durablement transformé la dynamique des bars demeure l’arrivée massive des femmes dans nos tavernes. Bien sûr, celles-ci fréquentaient les débits de boissons depuis toujours, mais plus souvent à titre de «compagnes». «Si une femme causait des dommages sous l’effet de l’alcool, c’est son mari qui en était tenu responsable», rappelle l’historien Jacques Lacoursière.

L’accès aux tavernes leur était carrément interdit par une loi promulguée en 1937 par le premier ministre Maurice Duplessis. Une situation qui perdure jusqu’en 1986, année où le gouvernement québécois oblige les tavernes à souhaiter la bien­venue aux dames. Au grand dam de quelques irréductibles, comme la Taverne Jos Dion, à Québec, et la Taverne Magnan, à Montréal, qui ont résisté respectivement jusqu’en 1988 et 1989.

Pour Jacques Lacoursière, c’est le déclin de l’influence de l’Église, amorcé dans les années 1960, qui a permis aux femmes d’avoir leur place au bar. «À partir de là, la mixité n’était plus aussi mal vue, dit-il. Auparavant, l’Église déconseillait fortement aux femmes de fréquenter ces endroits.»


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS