Trouvez un article

Rechercher

Tendances

Bars ouverts (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009

Une fois les clientes dans la place, les hommes ont commencé à danser sur un autre pied. «Disons qu’auparavant ils pouvaient agir comme des personnages de la pièce de théâtre Broue, illustre Jacques Lacoursière. Mais avec la venue des femmes, ils ont adopté une attitude plus élégante.» D’autant plus qu’avec l’arrivée des brasseries dans les années 1970, des lieux mixtes où on sert aussi de la nourriture, les hommes ont commencé à sortir pour faire des rencontres, plutôt que pour «avoir la paix» de leur épouse à la maison. Sans trop de surprise, les divorces sont en hausse à cette époque.

Au Quai des brumes, ouvert en 1987, André Martineau a été témoin de ce changement d’attitude. «Mon bar a toujours été ouvert aux femmes, dit-il, mais, au début, elles venaient peu. Elles étaient timides. Puis, avec les spectacles, elles ont commencé à être plus nombreuses.»

Pub.

Les barmans, eux, ont dû réviser leurs recettes de cocktails. «Tout d’un coup, je me suis mis à servir beaucoup plus de drinks sucrés», souligne André Martineau.

Aujourd’hui, les femmes représentent une manne pour les bars, qui sont plus que jamais des lieux de rencontre. Mais la concurrence est forte pour attirer les jeunes, désormais la principale clientèle.

Alors, les jeunes propriétaires rivalisent de créativité pour concevoir des bars à l’image de leur génération. Par exemple, quand Éric Lefrançois et son partenaire ont acheté l’emplacement du Edgar Hypertaverne, l’endroit ressemblait «au bar où le gros barbu va danser dans le film Cruising Bar». Ils en ont fait un endroit bon chic, bon genre où convergent les trentenaires du Plateau pour les 5 à 7.

Car, après tout, quelle que soit l’époque, les bars sont nos lieux de prédilection pour la vie sociale. «Si on boit ensemble, rappelle l’auteur Craig Heron, c’est pour célébrer. Que ce soit un événement heureux ou seulement la fin d’une dure journée.»

Joe Beef : effet bœuf
Franchir la porte de l’auberge «Joe Beef» dans les années 1870, c’était se frotter à une faune bigarrée. Parmi les habitués, on comptait en effet des singes, des perroquets, un ours buveur de bière ainsi que des travailleurs saisonniers et des bandits. Sans oublier le propriétaire, Charles McKiernan (surnommé Joe Beef, tout comme son établissement), un personnage haut en couleur qui récitait des poèmes contestataires debout sur le bar, un squelette dans les mains.

Mais loin d’être un simple freak show, ce bar du Vieux-Montréal – le Crown and Sceptre de son vrai nom – a plutôt été un des berceaux du syndicalisme montréalais. Car les temps étaient durs à la fin du XIXe siècle pour les employés non spécialisés (dont ceux qui travaillaient à l’élargissement du canal Lachine), qui ne bénéficiaient d’aucune assurance-chômage ni assurance-maladie.

Chez Joe Beef, ils pouvaient dormir et manger à peu de frais, parfois même gratuitement. Jusqu’à 200 hommes s’y entassaient la nuit, dont de nombreux adolescents. Durant les conflits de travail, McKiernan, qui avait dirigé la cantine dans l’armée britannique, préparait d’immenses rations de soupe, de pain et de thé, pour nourrir les grévistes. Sa taverne était même utilisée comme point de ralliement et les clients contribuaient à un «fonds de grève». Ses poèmes sur la lutte des travailleurs étaient rapportés dans les journaux.

À sa mort en janvier 1889, des gens de toutes les classes sociales, dont des représentants de 50 mouvements syndicaux, sont venus rendre hommage à celui qui, entre deux verres, a contribué aux premières luttes ouvrières.

Source : DeLottinville, Peter. «Joe Beef of Montreal: Working-Class Culture and the Tavern, 1869-1889», Labour / Le Travail, vol. 8 et 9, automne 1981 et printemps 1982.


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS