Loi anti-tabac, retrait d’appareils de loterie vidéo, crise économique… Pour bien des bars du Québec, la coupe est pleine.

René Lévesque et le lutteur Johnny Rougeau l’ont fréquentée. Près de 50 ans plus tard, Miss Villeray séduit de nouveau. Le bar montréalais, avec une superbe enseigne à l’effigie d’une serveuse vêtue d’une robe rouge seyante, a attiré près de 200 clients le jour de sa réouverture – annoncée sur Facebook – en février. «En deux mois, on a remboursé le montant de nos rénovations, d’environ 50 000 $!» dit Alain Bourgeois, gestionnaire du salon-bar.
La crise économique? Le Miss Villeray, qui propose une atmosphère bon chic bon genre, n’en a pas encore ressenti les effets. Mais pour plusieurs bars du Québec comme de la Grande-Bretagne (voir encadré Le pub anglais menacé), la récession est la goutte de trop suivant une série de petites révolutions sociales et culturelles qui ébranlent les piliers de la taverne…
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Plusieurs des quelque 6 000 bars, brasseries et tavernes (le nombre doublerait en ajoutant les restos-bars) pourraient bien mettre la clé sous la porte en 2009. «Les ventes de bière ont diminué de 19 % en janvier et février, par rapport à la même période en 2008», indique Renaud Poulin, président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec. Les Québécois préfèrent siroter leur verre à la maison plutôt que dans les bars. Et pas seulement parce qu’ils ont le budget serré.
Comme plusieurs autres tenanciers de cette ville de la Montérégie, Pierre Benoit a dû remettre, en mars dernier, ses appareils de loterie vidéo à Loto-Québec. La société d’État complétait ainsi son opération de retrait des «machines», amorcée en 2005. Afin de réduire l’accessibilité au jeu, Loto-Québec a diminué du tiers le nombre d’endroits où se trouvent des appareils dans la province, le faisant passer de 3 663 à 2 404.
Grâce à ses quatre appareils de loterie vidéo, le bar Les Copains récoltait de 15 000 à 20 000 $ par année, soit environ 15 % de son chiffre d’affaires. «Certains tenanciers de Saint-Hyacinthe m’ont dit recevoir jusqu’à 50 000 $ ou 60 000 $ par an», dit Pierre Benoit, un ancien livreur de bière, âgé de 51 ans.
Pour dédommager les tenanciers, Loto-Québec verse, la première année, un montant qui équivaut à leur ristourne annuelle perdue. Mais les propriétaires devront vraisemblablement composer avec une baisse d’achalandage et de ventes de bière.
Le pub anglais menacé
Chaque jour en Grande-Bretagne, six pubs ferment leurs portes, selon la British Beer & Pub Association. Depuis la Grande Dépression, les ventes d’alcool n’ont jamais été aussi faibles dans les bars anglais.
Les Britanniques consomment moins d’alcool que par le passé. Mais les propriétaires de bars montrent surtout du doigt la loi anti-tabac, mise en vigueur en 2007, ainsi que la hausse de 18 % de la taxe sur la bière et le vin en 2008. Or, dans son dernier budget, déposé en avril, le gouvernement britannique a de nouveau augmenté cette taxe de 2 %.
Le pub traditionnel est menacé, estime la British Beer & Pub Association, qui mène, en collaboration avec d’autres organismes, une campagne pour le sauver. Le regroupement prévoit que d’ici à 2014, jusqu’à 60 000 travailleurs de l’industrie (soit 10 % de la main-d’œuvre) pourraient perdre leur emploi…