Dans les années 1970, Montréal comptait plus de 700 tavernes. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une soixantaine. Entrevue nostalgie avec un barman qui a toujours tenu la route.

Huit heures du matin. Au bar Davidson, rue Ontario, une poignée d’habitués sirotent déjà leur grosse bière, campés sur leur chaise en bois. Certains écoutent Salut, Bonjour! d’une oreille distraite, d’autres jasent du dernier match des Glorieux. «Je te sers une bière, mon Ti-Guy?» demande Ronald Casavant, 62 ans. Sans attendre de réponse, il attrape une bouteille de Labatt 50 dans le frigo et la dépose sur le comptoir. «J’ai pas enlevé le bouchon, ça me fait trop mal aux mains quand je dévisse, explique-t-il. Je suis rendu vieux, tsé…» Ti-Guy et les autres s’en chargent eux-mêmes.
Avec sa chemise blanche impeccablement repassée, son pantalon noir, sa sacoche en cuir attachée à la taille et sa chaînette en or au cou, Ronald Casavant est le waiter type, qu’on dirait tout droit sorti des coulisses de Broue. En 38 ans derrière le bar du Davidson, ce petit gars d’Hochelaga-Maisonneuve en a vu de toutes les couleurs.
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Son aventure dans le milieu hôtelier prend fin trois ans plus tard. Il se frotte ensuite à d’autres métiers pendant quelques années, jusqu’au jour où, en 1971, le propriétaire de la taverne Davidson – un ami de longue date – lui offre de revenir à ses premières amours : le bar. «J’avais essayé plein de jobs, mais je savais que ma vraie place était derrière le comptoir», explique-t-il en versant un bock.
Dans les années 1970, un verre de bière coûtait à peine 10 sous. «Mais même si les prix étaient raisonnables, tout le monde traînait un flacon d’alcool dans ses poches, se remémore-t-il. Des fois, certains devenaient trop chauds et faisaient des dégâts ou essayaient de partir avec le coffre-fort. Dans ce temps-là, je ramassais le gâchis ou je les sortais par la tête. Mais, en général, il y avait une très bonne ambiance. On était une vraie famille!»