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Les liens tissés serrés n’unissaient pas uniquement les clients. Les waiters du quartier aussi se tenaient les coudes. «On avait lancé notre propre ligue de bowling. Tous les clubs étaient représentés : le Domino, le Belhumeur, le Saint-Vincent… C’était la belle époque!»
À l’image d’autres tavernes du Québec, le Davidson est demeuré un fief masculin jusqu’en 1986, année où le gouvernement a adopté une loi donnant à la gent féminine accès à l’ensemble des débits d’alcool, sans restriction. Bienvenue aux dames! «Au début, les femmes n’avaient pas de toilettes et devaient utiliser celles des hommes. Quand elles y allaient, je me plaçais devant la porte pour surveiller.»
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Aujourd’hui, les appareils de loterie vidéo, les néons et une bouteille gonflable géante de Bud Light servent de trames de fond à des soirées moins endiablées. «Depuis que la loi du 0,8 a été votée, les gens ne prennent plus un coup, remarque-t-il.
Au lieu de boire quatre grosses bières durant leur veillée, ils vont en prendre une ou deux, parce qu’ils ont trop peur de se faire arrêter par la police.»
Sans compter le coup de grâce qu’a représenté l’adoption de la loi antitabac. «L’alcool et la cigarette, ça va ensemble, dit-il. Quand le gouvernement a interdit de fumer dans les bars, y a beaucoup de monde qui est parti et qui n’est jamais revenu.»
En plus d’être moins nombreux qu’avant, les clients fraternisent désormais peu entre eux. Au fil des ans, la taverne Davidson a ainsi perdu sa vocation d’antan : être un lieu de rassemblement. «Le monde ne se parle plus comme autrefois. Avant, même les inconnus s’assoyaient ensemble. Aujourd’hui, ils boivent leur bière et ne disent pas un mot. On sent beaucoup de solitude», déplore-t-il en fixant les chaises vides devant lui.
De la belle époque, il ne reste plus que Ronald Casavant et son patron. Ses clients réguliers, ceux avec qui il a fait les quatre cents coups, sont morts. «Je les ai tous vus partir un à un», dit-il. Au fil des ans, ces vieux amis ont été remplacés par une clientèle plus jeune, plus branchée, avide de gin-tonic et d’abricot-brandy-sour. «Je n’ai jamais appris les recettes des drinks, reconnaît le tavernier. Je le sais que je suis démodé, et ça ne me dérange pas. Je suis bien ici.»