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À la une : Enquête Magazine Jobboom - IRB sur les valeurs des Québécois au travail

L'appât du gain

Valeur nº 2 : l’argent

L’argent arrive au deuxième rang dans l’échelle des valeurs des travailleurs québécois. Pourquoi leur clause salariale les préoccupe-t-elle autant?

par Johanne Latour • Photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 8
septembre 2009


Claude Béland, qui a présidé la plus importante institution financière québécoise, en connaît un bout sur la relation qu’entretiennent les Québécois avec l’argent. L’ex-président du Mouvement Desjardins et aujourd’hui président du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (Médac) s’est pourtant montré étonné par ce résultat. Mais après réflexion, il estime que la position de cette valeur au second échelon reflète la réalité d’aujourd’hui. «Au cours des 30 dernières années, la consommation a beaucoup augmenté, encouragée par l’accès facile au crédit, rappelle-t-il. Si on veut toujours acquérir davantage, il faut gagner plus d’argent.»

Parallèlement, il a observé un changement profond de notre attitude envers l’argent. «Jadis, quand une entreprise faisait des profits énormes, on disait : “Ils auraient pu baisser leurs prix ou faire travailler plus de monde!” Aujourd’hui, en règle générale, on les applaudit. Le public est fier du succès du Cirque du Soleil, de Bombardier… Du côté des travailleurs aussi, c’est la loi du marché qui prime. Quand vient le temps de négocier son salaire, c’est chacun pour soi.»

L’économiste Claude Montmarquette, pour sa part, se serait attendu à ce que les Québécois placent l’argent au premier rang de leurs valeurs. Nous avons beaucoup évolué par rapport à cette question depuis la Révolution tranquille, après des siècles de culpabilisation face à la richesse entretenue par un joug catholique rigoureux, selon ce professeur émérite au Département de sciences économiques de l’Université de Montréal et président-directeur général du Cirano (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations). «C’est directement relié à notre plus grande éducation», soutient-il.

Yvonne Bédard, présidente de la firme de recrutement Bédard Ressources, croit aussi que la main-d’œuvre est désormais plus éclairée. «Il y a une trentaine d’années, les gens ne connaissaient pas leur valeur, dit-elle. À présent, dans notre société d’information, ils peuvent se renseigner beaucoup plus facilement.»

Se renseigner, c’est ce qu’a fait Lyne Choquette, l’an dernier, alors qu’elle occupait un poste de directrice, soutien à l’entreprise, dans une petite compagnie. Et elle n’a même pas eu besoin de fouiller sur Internet. «En discutant avec des amis dont le profil professionnel était sem­blable au mien, je me suis aperçue qu’ils gagnaient deux fois mon salaire. Je devenais frustrée», dit-elle. Espérant que sa rémunération soit ajustée au fil du temps, cette bachelière en administration a rapidement constaté que la capacité de payer de son employeur était limitée.

Après s’être vu refuser une augmentation, elle a décidé de se lancer dans la consultation. Six mois plus tard, elle gagne le double de son ancien revenu.



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