Plus besoin de passer huit heures par jour dans une tour de vingt étages pour travailler. Les nouvelles technologies permettent désormais d’abattre la plupart des tâches à partir de n’importe où, pourvu qu’il y ait une connexion Internet. Est-ce le début de la fin des bureaux à cloisons?

La vue sur trois panneaux gris du lundi au vendredi, c’est maintenant terminé pour Manon Laforge. Cette analyste en informatique chez Vidéotron préfère de loin le panorama qu’offrent les arbres derrière sa maison à Repentigny. En 2007, son employeur lui a permis de travailler à domicile dans le cadre d’un projet pilote. On lui a alors tout fourni : ordinateur, téléphone et logiciels. «Je fais le même travail, je n’y vois aucune différence, mais j’épargne trois heures de déplacement par jour», raconte cette mère de trois enfants.
Vidéotron y a aussi trouvé son compte. Ses télétravailleurs sont beaucoup moins dérangés, donc plus productifs. Ils sont également plus libres de leurs horaires, donc moins absents. Et ils prennent moins d’espace. «Avec la croissance de l’entreprise, nous avions de la difficulté à faire de la place à tous nos employés, reconnaît Gilbert Rousseau, directeur des ressources humaines chez Vidéotron. Si nous permettons à 65 d’entre eux de faire du télétravail, c’est un étage complet que nous libérons dans nos bureaux au centre-ville», donne-t-il comme exemple.
S’il est possible de transférer à domicile tout un étage d’employés sans que l’ouvrage n’en souffre, peut-on imaginer qu’un jour la notion même de tour de bureaux perdra sa raison d’être?
| Pub. |
Jean-François Hudon, le directeur d’Activa Environnement, une firme qui réalise entre autres des études d’impacts environnementaux, est un mordu de WebEx. Depuis New Richmond en Gaspésie, il l’utilise pour communiquer avec ses employés de Rimouski ou de Campbellton au Nouveau-Brunswick. «Ils n’ont plus besoin de venir ici. Je peux contrôler directement leurs écrans et valider leurs travaux», dit-il en ajoutant que c’est le meilleur moyen d’épargner du temps et de l’argent, sans parler de l’environnement puisque des déplacements sont ainsi évités.
Chez la multinationale IBM, 40 % des employés ne travaillent déjà plus dans des bureaux. Pour communiquer, ils utilisent notamment Second Life, un logiciel qui permet de se créer un personnage en 3D appelé avatar. Lors de la première conférence virtuelle d’IBM en 2008, les avatars de 200 employés se sont ainsi rencontrés dans un centre de congrès tout en pixels, entièrement configuré pour l’occasion. Les vrais participants, eux, n’ont jamais bougé de la maison. L’entreprise estime avoir ainsi épargné 250 000 $ en frais de déplacement et en location de salles.
Aux États-Unis, il existe même des PME 100 % virtuelles. C’est le cas de VOXmarketing, une firme de communication qui a pignon sur Web seulement. Ses dirigeants vivent et travaillent dans la région de Boston, mais la vingtaine d’employés est répartie un peu partout au pays. Ils ne se rencontrent que quelques fois par année, par exemple lors de fêtes ou de séances de remue-méninges. Une formule qui nécessite la location de locaux sur une base ponctuelle seulement (voir encadré).
Résidence secondaire
Quand les rencontres en face à face s’imposent, les boîtes qui ne disposent pas de bureaux dignes de ce nom peuvent compter sur le concept d’espaces de travail à la carte, surtout développé par le groupe Regus. Cette entreprise belge a mis sur pied plus de 1 000 centres d’affaires dans le monde (dont une trentaine au Canada et un au Québec), où il est possible de louer des postes de travail et des salles de réunion à l’heure ou à la journée. Regus offre aussi un service de bureaux virtuels : moyennant quelques centaines de dollars par mois, les clients bénéficient d’une adresse prestigieuse d’où leur courrier et leurs appels sont acheminés.