Tendances
Exclusivité Web

Retour des jeunes en région

Au début de la décennie, la plupart des régions-ressources du Québec perdaient chaque année environ 10 % de leurs jeunes – l’équivalent d’un autobus scolaire par semaine, avait-on coutume de dire au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Or, il semble que, de l’Abitibi-Témiscamingue à la Côte-Nord, l’exode tire à sa fin.

Par Jonathan Vianou




«C’est normal dans la vie d’un jeune de quitter sa région au profit d’un grand centre urbain», rappelle Benjamin Bussière, directeur général de Place aux Jeunes du Québec, un organisme qui aide les nouveaux diplômés à s’établir en région depuis 19 ans. Lui-même a quitté son Shawinigan natal pour aller étudier à l’Université Laval et à l’École nationale d’administration publique, à Québec. «Mais j’ai toujours le regard tourné vers mon coin de pays, confie le jeune père de famille, et c’est évident que je vais retourner y vivre.»

Parcours typique, selon Patrice LeBlanc, professeur à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et titulaire de la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités. «Nos études ont montré que les jeunes adultes partent du foyer familial et souvent de leur région pour “faire leur vie”, vivre des expériences différentes et prendre leur autonomie.»

Pub.

Mais la force d’attraction du vaste monde n’est pas inéluctable. Une récente étude de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) montre que la saignée démographique qui caractérisait les régions-ressources depuis une dizaine d’années est en passe de se résorber, et ce, peu importe l’endroit où l’on pose son regard (voir encadré).

Par exemple, en Abitibi-Témiscamingue, le solde migratoire (la différence entre ceux qui arrivent et ceux qui partent) chez les 15-34 ans était de -0,66 % en 2007-2008, alors qu’il atteignait -2,82 % en 2001-2002. Bien que le nombre de jeunes à s’établir dans cette région soit demeuré sensiblement le même, on enregistre une baisse de 873 départs dans cette tranche d’âge. Les mouches noires seraient-elles devenues moins voraces? N’en déplaise aux amateurs de plein air, c’est surtout la disponibilité de l’emploi qui est en cause.

L’emploi avant tout

À la mi-vingtaine, les jeunes ont généralement terminé leurs études et s’apprêtent à entrer sur le marché du travail, explique Patrice LeBlanc. Pour ceux qui se sont exilés, c’est souvent le moment de revenir dans leur région d’origine. Trois raisons expliquent habituellement ce désir : la qualité de vie, la proximité des réseaux sociaux et l’emploi. «Mais s’ils n’ont pas de job qui les attend, ils ne reviendront pas. Ou c’est pas mal plus compliqué», précise le professeur-sociologue. Le même raisonnement peut s’appliquer à ceux qui ne veulent pas quitter leur patelin : ils resteront tant qu’ils pourront gagner leur vie.

Or, selon Jean-François Lachance, démographe à l’ISQ, «le fait que la situation économique se soit améliorée au cours des dernières années permet aux jeunes en région de trouver du travail beaucoup plus facilement qu’au début des années 2000».

Les statistiques montrent en effet une nette progression de l’emploi dans plusieurs régions-ressources. Toujours en Abitibi-Témiscamingue, entre 2001 et 2008, le taux de chômage est passé de 12,3 % à 7,6 %, et le taux d’emploi (la proportion de personnes occupant un emploi parmi celles en âge de travailler) a grimpé de 54 % à 59 %. Selon l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, cette amélioration s’explique par la croissance du secteur minier, qui a compensé la débâcle du secteur forestier dans cette région, et par la forte création d’emplois dans le secteur des services.

Ce regain résistera-t-il à la tempête économique qui sévit actuellement? «Difficile de généraliser ou de prédire quelles régions seront les plus touchées, argue Mario Polèse, professeur d’études urbaines et régionales à l’Institut national de la recherche scientifique. Ça dépend en quoi la région, ou même la ville, est spécialisée.»

Prenons les municipalités de Val-d’Or et de Senneterre, toutes deux situées en Abitibi-Témiscamingue. La première vit de l’or, un métal refuge prisé ces jours-ci. La deuxième doit affronter la crise forestière, exacerbée par la diminution des mises en chantier aux États-Unis. «Ici à Val-d’Or, les compagnies minières sont en mode recrutement», explique Paul Pratte, directeur général du Carrefour jeunesse-emploi d’Abitibi-Est, qui couvre ces deux villes. «Senneterre a beau être dans la même MRC à seulement 70 kilomètres, on n’a pas les mêmes réalités.»

L’emploi n’est pas tout

Mais on a beau avoir un job en or dans un paysage de rêve, on risque de regretter l’effervescence des grands centres si on n’arrive pas à égayer ses temps libres. C’est une des conclusions auxquelles arrive Patrice LeBlanc dans une étude sur la migration des jeunes non métropolitains publiée en 2004. «Plusieurs jeunes rencontrés avaient soulevé le fait qu’il y avait peu d’infrastructures sociales et culturelles pour les 15-19 ans et pour les célibataires de 20 à 29 ans», y lit-on. Heureusement, les régions n’ont pas dit leur dernier mot là-dessus.

Pour Steve Jolin, alias Anodajay, qui a mis Rouyn-Noranda sur la carte du hip-hop québécois avec sa reprise du classique de Raôul Duguay rebaptisé Le Beat à ti-bi, il n’y a aucun doute que la culture a un rôle important à jouer auprès de ceux qui souhaitent prendre racine. «Il y a eu un gros boum culturel ici dans les dernières années», souligne celui qui possède aussi sa propre étiquette de disques, 7ième Ciel Records. «Tout comme moi, plusieurs jeunes ont quitté la région, pour aller étudier, entre autres. Mais je perçois que les jeunes sont fiers de revenir et de pouvoir dire qu’ils participent à cette effervescence en créant des événements à leur image.»

Paul Pratte abonde dans ce sens. «Que ce soit sur le plan de la culture ou sur celui de l’engagement communautaire, les jeunes ont créé autour d’eux ce dont ils avaient besoin pour nourrir leurs aspirations.»

En effet, Rouyn-Noranda est maintenant l’hôte de plusieurs happenings culturels, dont les plus connus sont le Festival du cinéma international, le Festival de musique émergente, le Festival des guitares du monde et Osisko en lumière, qui marie musique et feux d’artifice. Si bien que la ville brigue le titre de Capitale culturelle du Canada en 2012. Rien de moins!

À ceux qui lui demandent ce qu’il peut bien trouver d’intéressant à chanter et à produire du hip-hop à 600 kilomètres de Montréal, Steve Jolin répond par une chanson : «J’ai pas eu peur de témoigner / Même si j’viens d’une région éloignée / Même si devant moi y avait pas d’chemin / J’ai avancé en toute fierté / Et j’ai défini ma liberté / Des fois j’me demande à quoi ça rime? Mais jamais j’oublierai mes racines.»

Solde migratoire de 15-34 ans 2001-2002 2007-2008
Bas-Saint-Laurent - 2,44 % - 1,22 %
Saguenay–Lac-Saint-Jean - 3,27 % - 0,85 %
Mauricie - 1,10 % - 0,50 %
Abitibi-Témiscamingue - 2,82 % - 0,66 %
Côte-Nord - 3,72 % - 1,60 %
Nord-du-Québec - 2,14 % - 0,63 %
Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine - 3,25 % - 1,92 %

Source : ISQ


Stratégies pour retenir et attirer les jeunes en région

Les régions ne sont pas restées immobiles face à l’exode de leurs jeunes. Plusieurs initiatives ont été mises en place, souvent conjointement avec les trois paliers gouvernementaux et divers organismes.

Incitatifs financiers : remboursement des frais de branchement (Hydro-Québec, Bell, Vidéotron), remboursement des frais de déplacement pour une entrevue avec un employeur, remboursement des frais d’une activité de loisir, crédits d’impôts pouvant atteindre 8 000 $, etc.

Aide à l’emploi : soutien à l’entrepreneuriat (formation, mise en contact avec les ressources locales nécessaires), suivi des jeunes durant leurs études afin de leur offrir plus facilement un emploi par la suite, mise en contact avec des employeurs potentiels, site Internet affichant des emplois qualifiés disponibles en région (www.accrodesregions.qc.ca, 16 000 emplois affichés en 2008), etc.

Promotion du milieu : séjours exploratoires gratuits de deux ou trois week-ends avec activités de plein air, sociales et professionnelles (www.placeauxjeunes.qc.ca), initiatives visant à renforcer le sentiment d’appartenance régionale (concours de photo, formation d’un réseau d’«ambassadeurs de la région»), etc.


guide de survie

Quelle serait la pire gaffe lors d’un party de bureau?









Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS